La naissance, l'enfance, la scolarité
1943, la France est en guerre, les allemands maîtres du pays, l'envahissent. Nous sommes à La
Ferté-St-Aubin, petit village du Loiret, à vingt kilomètres au sud d'Orléans, en descendant sur Vierzon.Les hommes valides, non engagés dans l'armée font vivre le village. Seule contrainte que l'occupant leur impose: faire des tours de garde la nuit, pour que les maquisards ne fassent pas sauter le pont ferroviaire, enjambant la petite rivière "le Cosson" et le dépôt de munitions de l'usine du domaine de Chevaux, aux mains de l'ennemi. Contraintes faciles à détourner, car les allemands, ne connaissant pas la populace, exigeaient uniquement un certain nombre d'hommes valides chaque soir, à tel ou tel endroit.
C'est ainsi qu'en août 1943, une nuit où un homme désigné de garde pour la nuit, échangea son tour avec le mari de ma mère, ceci pour je ne sais plus quelle denrée vitale pour l'époque et, suivant le dicton bien connu:- « Qui va à la chasse perd sa place » que, neuf mois plus tard, le vingt-six avril 1944, à cinq heures du matin *naquit un superbe bébé de dix livres; votre serviteur.
N'étant pas sur Terre pour juger des agissements de ses parents, surtout avant ma naissance, je passerai outre le côté moral de l'acte pour ne vous parler dans ce récit que de ce beau bébé venu au monde pratiquement en même temps qu'à la fin de cette der des ders, comme disaient les anciens.
Je ne peux pas dire que j'eus une enfance malheureuse, bien qu'étant élevé les premiers mois avec les bons de rationnements.
Mon père, (je n'ose user du terme père génétique et père nourricier, c'est pourquoi je ne parlerai dans ce livre que de celui dont je porte le nom). Ce père donc, ne gagnait pas trop mal sa vie, chef noyauteur aux fonderies de Sologne, place de la gare a La Ferté St Aubin, était rentré dès qu'il avait quitté l'école primaire à douze ou treize ans, pour n'en ressortir que près de cinquante ans plus tard, l'âge de la retraite étant atteint»
Ma mère, avec mes deux autres frères plus grands, était ce que l'on appelle une mère au foyer et, seule la paie de mon père assurait la bonne marche de cette petite famille.
La guerre terminée, le village nettoyé des restants de bombardements, chacun pouvait enfin reprendre une vie normale. Ce fut pour moi le moment de rentrer à la petite maternelle. Je n'avais que deux ans et demi. Si petit pour la maternelle, que c'était mon grand frère, de six ans mon aîné qui me tenait par la ceinture pour me conduire à l'école, de peur que je ne me sauve retrouver ma mère.
Il parait que l'on ne se rappelle pas des faits et gestes que l'on a avant trois ans, pourtant, j'ai encore des bribes de souvenirs de cette époque.
Ma première institutrice s'appelait mademoiselle Langlois, une très vieille dame très gentille envers moi, car je ne me souviens pas avoir été grondé ou puni pendant toute cette période de maternelle. Comme j'étais le plus jeune de sa classe, il est possible aussi que je sois devenu le chouchou de la maîtresse, et que de ce fait, elle devait passer les petites fautes légères de ce beau poupon blond au yeux bleus.
Le programme journalier a été longtemps le même des années durant: le matin on nous éveillait avec des livres pleins de dessins et de textes que la maîtresse nous lisait. L'après-midi, sieste obligatoire, assis, la tête reposant sur nos pupitres, avec interdiction de chahuter, (sinon gare à la fessée!) et il fallait rendre des bons-points que l'on avait eu du mal à se faire offrir pour de bonnes notes obtenues ultérieurement. Déjà l'ombre de la carotte et du bâton...
Une chose dont je me rappelle aussi ou plutôt que ma mère ma raconta plus tard, c'était que j'étais déjà intrépide pour mon âge.
Du fait que mon père était chef mouleur à la fonderie de Sologne, nous habitions une maison de fonction, juste à l'angle, de la rue Masséna et de la place de la gare. Avant nous, cette grande demeure était une épicerie buvette avec beaucoup de pièces et une grande cours où je jouais, seul ou avec mes frères.
D'après ma mère, je n'avais pas encore quatre ans quand, depuis la fenêtre de la cuisine, elle me vit seul dans la cour grimper sur des tréteaux posés près du mur. D'escalades en escalades, je me retrouvai d'abord sur le toit de la buanderie pour finir carrément sur le sommet de notre maison.
Elle me racontait:
-'" Quand je t'ai vu là-haut, je n'ai pas crié, je ne t'ai pas appelé de peur que tu ne tombes, j'ai attendu calmement que tu redescendes par toi-même, mais j'ai dû prendre dix ans en cinq minutes!",
La pauvre, elle souffrait déjà à cause de moi, et pourtant ce n'était que le début. Petite maternelle, grande maternelle, tout cela se déroula calmement. Puis vint le passage pour la grande école. Nous sommes maintenant au tout début des années cinquante.
La seule condition pour passer le pas et se retrouver chez les grands, était qu'il fallait savoir lire, disons quelques lignes, sans plus, mais surtout il fallait savoir écrire, à l'encre s'il vous plaît, la pointe Bic n'ayant pas encore fait son apparition. Je passai facilement cette épreuve, assimilant tout ce que l'on avait bien voulu me faire entrer dans le crâne.
Ce n'est que bien plus tard que je devins le cancre que tous les instits maudirent, mais qui réussit quand même à passer son C.A.P. de monteur-électricien en bâtiment, après trois années d'internat dans un collège d'enseignement professionnel.
Mais ne brûlons pas les étapes, et restons pour le moment en primaire. Je ne vais pas passer en revue chaque classe, du cours préparatoire au certif, mais vous raconter au fur et à mesure de mes souvenirs, des anecdotes susceptibles d'intéresser le lecteur.
En C.P., j'étais cancre à tel point que l'instit m'envoyait porter des mots doux à sa maîtresse (sic) justement parce que je ne savais pas lire, donc incapable de déchiffrer le message. Mais manque de chance, dans le couloir, je tombai nez à nez avec ... le mari de la destinataire de la missive, (autre instit) qui l'ayant lu me dît de la porter à destination, sans le dire à celui qui me le fit acheminer.
Les jours suivants, il n'y eut pas à signaler de meurtres, ni de gueules cassées. Les enseignants sont une grande famille, mais quand même!
Un soir de colle, comme pratiquement tous les soirs (n'est pas cancre qui veut), je me retrouvai dans une salle d'étude attendant que mon bourreau vienne me délivrer. Je devais avoir onze ans. Au lieu du prof libérateur, c'est un autre qui, passant par là, intrigué par la lumière dans cette salle, devant être vide à cette heure, me trouva seul, apeuré. C'était mon futur instit pour l'année prochaine. J'avais déjà redoublé une fois, je devais passer enfin cette fois-ci, il me demanda les motifs de ma colle, je bredouillai n'importe quoi, ce qui eut pour but de l'énerver. -"Dire que l'année prochaine tu passes dans ma classe, je n'ai pas fini de m'amuser avec toi!"
S'il en était resté là... Mais la vision de ce cancre irrécupérable à ses yeux qu'il devait endurer toute une année le mit hors de lui, et il me flanqua une paire de gifles bien administrées. -"Rentre chez toi, je dirai à celui qui t'a puni que c'est moi qui ait levé la punition".
La vache, l'autre au moins ne m'aurait pas frappé! En fin de compte, je restai deux ans dans sa classe juste avant celle du certif. Deux ans à souffrir car, toujours aussi cancre il ne se privait pas de temps en temps de me faire comprendre que les nuls comme moi étaient matés à force de grandes claques et de coups de règles sur les doigts.
Cela s'est quand même mal terminé pour lui. En fin d'année il voulut me donner une dernière correction, mais c'était sans compter sur la hargne que j'avais accumulée envers ce type et, à rapproche de mes quatorze ans, grand gaillard déjà musclé je lui rentrai dedans avant qu'il ne lève la main sur moi.
Cela me valut trois jours de mise à pied ce qui, dans les années cinquante fit grand bruit dans tout le canton.
La dernière année avant le certif se passa mieux merci, le prof me foutant une paix royale.
Grâce à ce répit, me mettant enfin au travail pour le but final, je passai avec succès l'épreuve du C.E.P.
Ce certificat d'étude primaire voulait juste dire que je savais lire, écrire et compter. Il fallait maintenant apprendre un métier.
Avant de terminer ce chapitre sur ma scolarité, laissez-moi-vous raconter ma première aventure amoureuse:
Tout juste douze ans, déjà un homme?
J'étais le troisième enfant de la famille, le plus petit en âge, mais le plus grand en taille (à 16 ans, je mesurais déjà un mètre quatre vingt six, pour soixante douze kilos).
Généralement, dans toutes les familles, ce sont les affaires des plus grands que l'on passe aux plus petits. Pour nous, il y avait un hic, le plus petit était plus grand que frangins. Un jour, leurs vêtements ne m'aillaient plus du tout, il fallait bien m'habiller quand même.
Acheter du neuf, il ne fallait pas y songer, faute de sous, on se relevait à peine des restrictions de la guerre.
Ma mère connaissait une couturière qui travaillait à son compte et qui faisait du très bon travail pour presque rien.
Les jeudis, j'allais chez elle avec ma mère les premiers temps, puis seul ensuite.
Elle me confectionnait des ensembles tout à fait convenables avec des restants de tissus pour un prix modique.
Cette femme devait être seule, car je ne me souviens pas d'avoir jamais vu d'homme dans sa maison.
Je sais que déjà vers douze ans j'étais un joli blondinet, mais de là à faire tourner la tête à cette femme...
Loin de raconter des cochonneries dans ces pages, je ne vous citerai que les dernières paroles que nous échangions avant de nous quitter les jours d'essayages.
-"Alors petit, c'était bon?"
-"Oui madame"
-"On recommencera petit?"
-"Oh oui m'dame"
On ne parlait pas de couture!
Les fêtes au Cosson
La fièvre du samedi soir
Au Cosson, appellation donnée au terrain longeant la rivière du même nom. De nos jours, il y a la piscine, le terrain de camping et une aire de jeux. Je l'ai connu dans les années 50, où il y avait encore les deux terrains de tennis. La mère monette* amenait ses vaches tous les après midi de derrière la gare pour les faire paître la où maintenant se trouve le terrain de camping. Tout cela se situait près de la ligne de chemin de fer.
De l'autre côté, entre le casino du cosson (nom du bar-restaurant) et la N 20, les baignades étaient autorisées, par contre il fallait se baigner devant le déversoir, car juste derrière, les égouts des abattoirs rejetaient le sang des bêtes abattues. D'ailleurs, dès que nous entendions un beuglement dans les hangars, à seulement vingt mètres de nous, dans les secondes qui suivaient, l'eau devenait rouge, il ne faisait pas bon se baigner à cet endroit.
A cette époque, le casino possédait encore des cabines avec douches, et louait pour l'après-midi des caleçons de bain.
De temps en temps, dans la prairie longeant la rivière, les municipalités organisaient des fêtes. Je me souviens, je devais avoir tout juste dix ans, un parquet (un bal itinérant) était installé à l'occasion de je ne sais plus qu'elle réjouissance communale.
Trop petit pour entrer dansé, bien sûr, je restai tout près de l'entrée pour profiter de la musique qui sortait du chapiteau. Un individu d'une trentaine d'années se trouvait également à l'entrée, par contre, il semblait attendre quelqu'un à sortir.
En effet, au moment où un groupe de jeunes sortirent, il se jeta sur l'un d'eux et lui envoya un coup de poing en pleine figure. L'agressé tomba par terre, l'autre n'en resta pas là, il voulut le frapper à nouveau, mais se ravisa aussitôt :
- "Merde, ce n'est pas le bon". Il s'était trompé de personne. Tout penaud, il aida le malheureux à se relever et lui expliqua:
- "Désolé mon vieux, mais tu ressembles trop au type qui m'a soufflé ma cavalière tout à l'heure, une petite mignonne qui m'avait promis la prochaine danse avant de se faire inviter par un autre. Je suis vraiment désolé, tu n'as qu'a me rendre le coup de poing que je t'ai donné, comme cela nous serons quittes".
Le pauvre vieux n'était pas aussi belliqueux que son adversaire, je les vis partir ensemble du côté de la buvette où, après quelques chopines bues ensemble, ils devinrent les plus grands amis du monde.
*La mère monette: ce n'était pas son vrai nom bien sûr, mais comme elle appelait toujours ses bêtes par ce mot là, ce nom lui est resté.
Un petit entracte pour souffler avant le collège
- Ne pas trop en faire!
Pour elle, il escalada des montagnes, il chassa des bêtes féroces, il navigua sur toutes les mers du inonde. Pour elle, il...
Elle demanda le divorce, il n'était jamais à la maison,
Histoires à faire des cauchemars
- Pour l'amour d'une bête
Un vieil homme seul avait un chien, vieux, aveugle, squelettique mais qui n'en finissait pas de mourir.
L'homme pensait. -" Si je partais avant lui, que deviendra-t-il? Il faut que je sois fort, maïs c'est la seule solution".
Il creuse un trou dans son jardin, place son chien à côté, lui tire une balle dans la tête. Le chien bascule dans le trou qu'il rebouche. Il se couche en pleurant son fidèle compagnon. Au petit matin, on gratte à la porte, il ouvre... sur son chien qui, la nuit durant s'est sorti du trou seul, ensanglanté mais encore en vie.
L'homme, dans son émotion F avait raté, mais la puissance du tir avait quand même assommé ranimai qu'il croyait bien mort en F enterrant.
Du coup, le vieil homme meurt d'une crise cardiaque, ce sont des voisins qui recueillent le chien pour les quelques mois qui lui restaient à vivre.
- L'horreur maximum
Une camionnette chargée de plaques de tôles roule la nuit, suivie d'un type en moto. Dans un virage, une tôle se détache et va sectionner la tête du motard.
La moto reste en équilibre, fonce droit devant elle et coupe le virage.
Le chauffeur de la camionnette qui ne s'est aperçu de rien voit une moto avec un type sans tête lui passer devant, car il a été obligé de ralentir pour amorcer le virage.
Devant le spectacle, il s'écroule sur son siège et meurt d'une crise cardiaque.
- Une mignonne en final
Un brave curé en promenade n'en croit pas ses yeux. Là, devant lui, un petit gamin avec une cigarette au bec. Il l'aborde:
-"Dis petit; tu n'es pas un peu jeune pour fumer, quel âge as-tu?".
-''Huit ans monsieur le curé",
-"Mon dieu, huit ans, et depuis quand fumes-tu?'
-" Depuis la première fois que j'ai fait l'amour".
-" Mon dieu, et à quel âge as tu fais l'amour pour la première fois"
-" Je ne m'en rappelle plus j'étais trop bourré",
Les premiers boulots, les années collège.
Le C.E.P, en poche, que faire? Pas assez doué pour continuer la sixième, j'étais plutôt manuel que intellectuel et, à quinze ans passé, il fallait pourtant me caser quelque part,
- "De mon temps, on t'aurait mis au cul des vaches pour les garder, car des bons à rien comme toi, il faut bien qu'ils fassent quelque chose!".
Ainsi parlait mon père. Heureusement ma mère ne l'écouta pas et, comme je lui avais fait part de mon intention de devenir électricien, elle se renseigna auprès de mes anciens instituteurs.
A grand renfort de coups de téléphone dans des établissements, elle finit par trouver le centre d'apprentissage de Montmirault près de La Ferté Allais, en Seine et Oise.
L'inconvénient était que pour cette année scolaire la section électricité était complète. Le directeur promit de me prendre l'année suivante, après un petit examen d'entrée, car il y avait déjà beaucoup d'inscrits.
Un an de perdu, il fallut quand même s'occuper. Je trouvai avec du mal, à m'embaucher comme apprenti électricien dans les environs, ce qui me permît de patienter.
De toute cette année, je me souviens des bons souvenirs, lisez plutôt.
Pour un chantier, nous étions ramassés par un camion qui nous prenait devant chez nous. Un jour, un nouveau prit place dans le fond, et ne dit pas un mot. En se retournant, l'un de nous l'aperçut, tout rouge, se contorsionnant
On lui demanda ce qu'il avait, il nous répondit qu'il avait des gaz, et qu'il se retenait pour... ne pas nous importuner. On se moqua de lui.
-"Nous sommes tous des ouvriers, ce n'est pas un pet qui va nous déranger". Cela le rassura, et il se soulagea.
Il ne se passa pas trois secondes, pas une de plus pour que le chauffeur, sans dire un mot, mit son clignotant, tourna dans un chemin creux et, suivis de tout le monde, on descendit en vitesse pour... respirer un bon bol d'air frais. Le coupable, l'air encore plus penaud ne savait plus où se mettre. Ma parole, il avait bouffé un cimetière!
Même équipe, sur un chantier d'aménagement de pavillons, certains, déjà terminés étaient occupés.
Notre chef d'équipe avait remarqué dans un pavillon juste devant le nôtre, une jeune femme qui, dès qu'elle nous voyait, nettoyait ses grandes baies vitrées. Elle y mettait du cœur, et, pour atteindre les parties hautes, montait sur un escabeau.
Jusque là, pas de quoi en faire un récit, mais attendez la suite.
Je ne sais plus qui le vit le premier mais, on s'aperçut très vite qu'une fois perchée, elle n'avait pas de culotte, se trémoussant de plus belle dès qu'elle s'apercevait que nous la regardions, le barbu pratiquement à l'air.
Honneur au chef qui, devant cette attitude provocante, se dévoua et, pour un prétexte futile, se risqua de sonner à sa porte.
On ne le revit qu'une petite heure plus tard. Il ne raconta pas son entretien, mais nous expliqua que, son mari étant toujours en déplacements, elle s'ennuyait terriblement Je ne sais pas pourquoi, mais ce chantier, en face de cette demeure si accueillante s'éternisa, et toute l'équipe, à tour de rôle vint frapper à la porte de sa propriétaire.
Hélas, il fallut bien un jour quitter le chantier enfin terminé, mais l'histoire ne s'arrêta pas là. Le tout dernier jour, quand nous savions que nous ne reviendrions plus dans le coin, le chef fit porter à notre bienfaitrice par le plus jeune,... une carotte.
Comprend qui veut.
L'année se passa comme cela, tranquille, de petits chantiers en grands moments de déconnades.
Avec une bande de copains, dans leurs premières voitures toutes décorées, bariolées, trafiquées, provocantes, nous circulions en cortège dans les rues du village. Nous roulions au ralenti, pour emmerder tout le monde, il faut bien le dire. Les passants, sur le bord de la rue, soit nous applaudissaient, soit nous injuriaient. Les mères de famille, hilares se moquaient de nous, pensant sans doute que nous n'étions qu'une bande de dépravés, sans intérêts, et surtout inintéressants pour leurs filles.
Nous avions prévu cette attitude, c'est pourquoi sur la dernière voiture du cortège une grande pancarte indiquait:
-"Ne riez pas mesdames, vos filles sont peut-être à l'intérieur ».
Ce qui avait pour effet de faire stopper les rires et injures, et chacun rentrait chez soi, compter sa progéniture.
En juin reprenant contact avec le directeur qui avait tenu parole, on m'attendait début septembre pour l'examen d'entrée car il n'y avait que quatre places de disponibles pour une vingtaine d'inscrits. Ma mère demanda à une ancienne institutrice en retraite de mes faire des cours de soutien et, pendant les deux mois de vacances, quatre jours par semaine je réapprenais les maths, le calcul mental, les départements, les fleuves et les principales dates de F histoire de France, tant et si bien que, pour l'examen, je fus reçu deuxième.
Admis bien sûr, en internat, il ne restait plus qu'à me préparer un trousseau. Tout fut près à temps. Les trajets étaient plutôt compliqués, voyez plutôt: La Ferté-St-Aubin, Orléans, Etampes par le train et le reste en vélo, mis dans la soute à bagage à la Ferté, récupéré à Etampes pour, après une quinzaine de kilomètres, arriver au centre (ceci pour la première et deuxième année).
Il va sans dire que la première fois, ce fut un ami de la famille qui m'amena en voiture avec tout le paquetage: valises pleines de linge, gros cartable, planche à dessin...
La Ferté-St-Aubin, Orléans, gare d'Austerlitz, métro gare de Lyon, et omnibus de banlieue, Corbeil, Juvisy pour descendre à La Ferté Allais (en troisième année). C'est à cette époque que j'appris en plus l'électronique par correspondance et que j'allai à Paris rue Traversière, dans le 12em, acheter mes premiers composants dans une boutique d'électronique.
Dans ce collège, qui d'ailleurs à l'époque se nommait centre d'apprentissage, j'étais interne, donc pensionnaire du lundi au samedi. En principe, toutes les fins de semaine à partir du samedi midi, j'avais quartier libre jusqu'au dimanche soir.
En troisième année, je prenais le train à La Ferté Allais distant du collège de Montmirault de deux bons kilomètres. Ce que nous faisions à pied bien sûr, avec une petite valise de linge sale que notre mère se devait, à peine arrivée, de laver, sécher et repasser. Ainsi, dès le dimanche après-midi la valise était prête à nouveau pour nous assurer du linge propre pour la semaine à venir.
La Ferté Allais Paris, le train de grande banlieue passait par Corbeil Essonne, Juvisy. Une bonne heure plus tard, Paris gare de Lyon, traversée de la Seine à pied par le pont d'Austerlitz pour rejoindre la gare du même nom où, encore une heure plus tard, à Orléans un train omnibus pour Vierzon me déposait à La Ferté St Aubin, but de mon voyage.
Parti du centre de Montmirault à 14 heures, je n'arrivais chez moi à la Ferté que le soir à 19 h 30 par le train des ouvriers Orléans-La Ferté. L'expédition durait presque six heures! Normalement, je devais faire cela chaque semaine, mais c'était sans compter sur les colles, car si mauvais élève en primaire, pourquoi changer en bien en secondaire?
