Mercredi 30 juillet 2008
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Premier mariage. Unelec Vierzon, Orléans.
On oublie tout et on recommence
Suite à mes histoires de coucheries dans ma dernière place du côté d'Orléans, il me fut difficile de reconquérir le cœur de ma fiancée mais, enceinte de quelques mois, elle dut se résoudre à
pardonner et à se laisser passer la bague au doigt.
A cette époque, je travaillais à Vierzon dans une usine de construction de ponts roulants et de translateurs dont le siège était à Orléans.
Comme nous logions chez les parents de ma femme, je demandai à mon chef mon intention de me faire muter sur Orléans.
Ma demande fut acceptée, et on me logea même dans une maison de fonction, tout près de l'usine.
Jeune marié avec un enfant, pas de loyer (juste les charges à payer), cela commençait bien.
Nous étions à l'approche de Mai 68.
J'assumais assez bien ma nouvelle fonction d'électricien d'entretien, voici d'ailleurs quelques souvenirs de cette période.
- Dans l'atelier de fonderie, le responsable de la chauffe me demanda pour dépanner un monte-charge prévu pour alimenter un haut fourneau.
Je me rendis sur place avec un nouvel embauché. Le responsable du four m'expliqua:
-"Tu vois maurice, une fois le panier chargé, avec cette télécommande, je lance le cycle et en principe, le monte-charge démarre tout seul jusqu'à hauteur de la gueule du four et se renverse dans
le brasier. Depuis ce matin, impossible de démarrer la séquence, alors qu'hier soir tout marchait très bien".
J'avais remarqué à mi-hauteur du parcours, des fins de courses sur les rails qui devaient êtres grippés, et bloqués dans la mauvaise position empêchant ainsi le fonctionnement normal de la
séquence automatique.
Nous vidions le panier et je montai dedans avec le nouveau. A l'aide de la télécommande manuelle, je montai à hauteur des fins de courses supposées défectueux. En effet, dès que je les eus remués
un peu, tout se remit en ordre; la séquence automatique se déroulant correctement.
Mais voilà, la manette pour tout stopper était restée en bas, le responsable de l'atelier me faisant entièrement confiance était reparti à d'autres tâches,
Crier n'aurait servi à rien, car le bruit ambiant dans une fonderie est assourdissant.
Nous montions lentement vers l'enfer, la séquence reprenant son cycle normal.
Arrivé en haut, le panier devait se renverser tout seul dans le brasier.
L'inconvénient majeur était que cette fois le chargement n'était pas des pièces de ferraille, mais deux types qui, si rien ne se passait allaient vers une mort certaine. Quelques secondes encore,
et tout serait fini.
Mon chef, cherchant Renard dans toute l'usine pour voir comment il s'y prenait avec le nouveau m'avait enfin trouvé dans cette fonderie.
Arrivant juste quand je montai dans le panier, anticipa la suite et, le temps qu'il se jette sur l'arrêt d'urgence obligatoire (merci le bureau Veritas), le chariot était en train d'amorcer le
basculement et la descente aux enfers.
Déjà la chaleur du four nous caressait le visage quand tout s'arrêta net.
Il ne nous fallut pas longtemps pour redescendre par les poutrelles comme des acrobates. Le chef me souffla une bonne engueulade que je méritais largement.
Une autre histoire se passa dans cette fonderie:
- Le responsable en chef, en fin de carrière devait être remplacé. Trois postulants étaient prévus pour prendre sa suite.
Un des trois, connaissant malheureusement la mentalité des deux autres, déclara forfait, et se mit hors course.
Des deux restants, le plus malin invita son rival un midi au restaurant et le fit boire plus qu'il n'en fallut pour, qu'à la reprise de l'après-midi le directeur passant par là vit notre pauvre
victime en état d'ébriété.
-"Vous voyez bien M le directeur que cette personne ne peut prendre le commandement de la fonderie, il est souvent dans cet état", se plut à dire le mauvais homme. Le directeur, écœuré par cette
attitude, flairant le traquenard, rejeta la candidature des deux acolytes et se retourna sur le troisième qui n'y croyait plus, mais qui fut bien content en fin de compte de prendre le poste.
Pour finir, une histoire racontée à l'usine que je me permets de vous narrer, elle d'une femme cariste (conductrice de chariot élévateur).
Un jour que j'étais sur son parcours, elle s'arrêta à ma hauteur et me demanda: -"Maurice, dis-moi la différence qu'il y a entre un sac à patates et une femme".
Des histoires, des blagues, des devinettes j'en connaissais des tonnes mais là, je lui avouai mon ignorance pour trouver une réponse.
Elle était tout heureuse de me piéger,
-" Eh couillon, le sac, tu le remplis par le haut, la femme... par le bas'"
Sans commentaires.
La main au panier
-" Toutes des salopes..." (Guy Bedos)
Ma fonction d'électricien d'entretien chez Unelec ne consistait pas uniquement à dépanner des chaînes de productions dans les ateliers. Il nous arrivait parfois d'être appelé dans les bureaux
pour des petites bricoles.
Comme par exemple ce jour où, un collègue fut demandé par un chef bureaucrate. Les secrétaires ne pouvaient plus travailler sur leurs machines de saisies par manque de courant sur leurs
pupitres.
Il se rendit donc dans ie bureau où, effectivement toute l'installation avait disjoncté, il me raconta:
-" L'armoire électrique était alimentée, mais toutes les prises sous les tables étaient hors service.
Je dus me mettre à quatre pattes pour, sous le bureau, voir cela de plus près. Du premier coup d'œil je remarquai que sur la première prise, il y avait une multiprise où était branchés plein
d'appareils, genre ventilateurs, radio,,, je ne sais pas qui avait fait ce branchement, mais cette première prise alimentait toutes les autres. Un énième appareil de trop et, comme la première
prise était munie d'un dirurpteur qui avait déclenché, toutes les autres prises derrière se trouvaient également hors circuit.
J'avais traîné ma caisse à outils derrière moi. Au moment où je me suis retourné pour saisir un tournevis, je n'en crus pas mes yeux.
Toutes les filles étaient restées à leur poste en attendant le dépannage pour
reprendre leur travail. Celle-là même qui s'était déplacée pour que je puisse me glisser sous la table était là, tout près de moi, se trémoussant sur son siège, La garce, elle n'avait pas de
culotte. Pensant sûrement que je la regardais, elle se tortillait de plus en plus. Crois-moi si tu veux Maurice, mais je n'ai pas pu me retenir, et je lui ai mis la main, carrément. Cette salope
s'est mise à hurler. Son chef est accouru aussitôt; et sur les seules explications de la fille, j'ai eu une mise à pied. Il n'y eut rien à faire, la provocation de la fille était pourtant
visible, mais je n'ai pas eu te droit de m'expliquer, j'attends mon renvoi.
Tout cela pour une main au panier, c'est un peu fort".
On essaya bien de le défendre, mais il n'y eut rien à faire/ la fille et la direction restèrent sur leurs positions.
L'attouchement sexuel est une faute grave, je veux bien, mais l'exhibitionnisme? Car, pour ce cas précis, il ne lui avait pas mis la main dans le slip contre son gré, elle n'avait pas de culotte.
Tout cela avait été fait pour le provoquer. Salope !
Les bons côtés du métier
Les maisons de fonction
En plus des dépannages électriques dans les bureaux de la société qui, parfois, se terminaient mal, nous avions aussi, nous les électriciens d'entretien, la charge des maisons de fonction.
L'usine Unelec d'Orléans était littéralement entourée de pavillons et villas pour le logement des dirigeants, des cadres et des chefs.
De temps en temps donc, nous étions appelés par nos chefs de service pour un ordre, dans une maison pour une bricole à effectuer dans le domaine électrique.
Avec notre bon de travail en poche, une échelle sur le dos et la caisse à outils, nous partions quelquefois des après-midi entiers; soit effectuer une installation électrique dans un pavillon
nouvellement refait à neuf, attribué à un nouveau locataire, soit installer une antenne de télévision sur le toit de cette autre villa. Ces chantiers étaient plaisants, car on s'échappait
totalement du milieu d'ouvriers d'usine. Il n'était pas rare, aussi, d'êtres remerciés grassement par les occupants des lieux. Quand ce n'était pas l'épouse qui nous offrait l'apéro, c'était la
fille de la maison qui nous faisait les yeux doux,
Une fois, sur un toit une bonne partie de la matinée, je devais refaire entièrement l'arrivée de l'électricité depuis le poteau au coin de la maison jusqu'au branchement du compteur. La maîtresse
de maison avait dû oublier ma présence au-dessus d'elle car, par les baies vitrées ouvertes, je la voyais en toute petite tenue, un plumeau à la main aller de pièces en pièces épousseter ses
bibelots. Aux premières loges, je savourais le spectacle.
Notre métier, dans ces moments-là avait aussi ses bons côtés!
Mais quelques mois de cette nouvelle vie me firent comprendre que je n'étais pas assez mûr pour être un vrai père de famille.
C'est dans cette période de doute sur mon désir de continuer la vie commune avec cette première épouse que les grèves de Mai 68 nous tombèrent dessus. L'usine resta aux mains des grévistes un bon
mois.
J'en faisais partie bien sûr, trop content d'un changement dans ma vie si monotone. L'usine comptait à cette époque plus de mille ouvriers. Seulement quelques dizaines d'individus l'occupaient
jour et nuit.
Tous les matins, à l'heure de l'embauche, les non grévistes tentaient de pénétrer pour prendre leur travail. Ils étaient chaque fois refoulés par les grévistes.
Pour éviter tout assaut des grilles, nous les avions soudées entres elles, et des manches à incendie en batterie étaient prêtes à se mettre en fonction au cas où.
Vous dire l'ambiance chaque matin serait superflu.
L'usine étant propriété privée, les forces de l'ordre n'avaient pas le droit d'intervenir pour nous déloger sans un ordre hautement supérieur qui n'arriva heureusement jamais.
Par contre, une voiture de police nous surveillait jour et nuit à proximité.
Des piquets de grève se mêlant aux non grévistes nous avertîmes que la police avait mis au point une combine pour mettre le désordre dans nos rangs et ainsi forcer le barrage pour rétablir
l'ordre.
Ils envisageaient de nous envoyer un homme ivre qui mettrait le bazar dans nos troupes en nous insultant.
Nos espions grévistes appréhendèrent l'homme fauteur de troubles avant qu'il n'arrive jusqu'à nous, ils le saoulèrent encore plus et le renvoyèrent près des flics. Le piège se retourna sur eux,
car l'homme, complètement ivre fit tellement de scandale dans la foule des non-grévistes qu'ils durent le conduire au poste, en cellule de dégrisement. Bien fait!
Cette grève nationale dura quand même un bon mois (les anciens s'en souviendront).
Quand tout fut terminé, que les syndicats se mirent d'accord avec le gouvernement pour la reprise du travail, le jour où, portes déverrouillées, manches à incendies rangées, nous invitions les
non-grévistes à pénétrer enfin sur leur lieu de travail, ils hésitèrent longuement avant de faire un pas. Il fallait savoir ce qu'ils voulaient)
Une fois tout rentré dans Tordre, l'usine reprit son activité normale comme si rien ne s'était passé.
Ma morosité reprit le dessus, il fallait autre chose pour me sortir de cette vie. L'arrivée d'un futur ouvrier dans mon service fut le déclencheur de mon désir de m'échapper de cette vie
familiale que je supportais de moins en moins.
II s'appelait Jean Pierre, II venait de la Marine Marchande où, après son service militaire dans la Marine Nationale, il reprit du service, toujours dans la Marine, mais cette fois-ci, dans la
Marchande (sans la contrainte militaire).
Après son embauche, nous sommes devenus de bons amis, et il m'expliqua la marche à suivre pour que moi aussi je parte naviguer.
Mon épouse, voyait bien que son Maurice n'était pas bon pour la vie à deux, Pardons, à trois, notre petit Stéphane allait avoir six ans. Elle se résigna à me laisser partir. Comme c'était mon
employeur qui nous logeait, il fallut déménager.
Retour à Vierzon, où Christiane s'embaucha dans une crèche municipale pendant que je fis toutes les démarches pour, à mon tour, comme Jean Pierre,, faire partie des gens de mer, appellation des
marins de commerce.
Suite à l'envoi de mes états de service envoyés à l'adresse indiquée, je reçus une proposition d'une compagnie maritime, la N. C. H. P., Nouvelle Compagnie Havraise Péninsulaire. Nous prononcions
Neuchap.
Cette Compagnie recherchait des électriciens confirmés pour entretenir ses cargos au long cours (longue distance, de continents à continents).
Il n'était pas nécessaire d'être passé par une école Maritime pour obtenir le brevet, mon C.A.P., du fait qu'il était reconnu par l'état suffisait a me faire rentrer dans la grande famille des
marins de commerce,
II fallait par contre passer pour la première fois devant un médecin des gens de nier, afin d'être reconnu apte physiquement pour pouvoir naviguer.
Mon port d'attache étant Le Havre, c'est là-bas que je dus me rendre pour passer la visite.
Mon épouse, me connaissant bien, m'obligea à emmener Stéphane avec moi pour, soit disant faire un changement d'air au gamin, mais surtout pour surveiller papa.
Partis un lundi dans la journée de Vierzon en train, nous devions en revenir le lendemain soir.
L'épisode de la nuit au clair de lune pour mon examen à Corbeil-Essonnes se reproduisit ici, sauf que la, mon fils m'accompagnait,
Impossible de trouver un hôtel, A la tombée de la nuit, nous nous sommes rendus sur la grève et, en inspectant les cabanes de plage, j'en trouvais une de laissée ouverte.
Elle nous fit un abri sûr pour la nuit car personne ne nous dérangea.
Au petit jour, dans le premier bar ouvert, on se réconforta de la nuit assez fraîche (nous étions fin mai) devant un copieux petit déjeuner, et j'étais en forme pour affronter le toubib
maritime.
Mon bon de visite en poche, le retour au bercail se fit sans problème, le fiston avait bien eu son changement d'air, surtout avec la nuit passée à la belle étoile, il ne me restait plus qu'à
attendre le courrier annonçant le nom du bateau et son port d'embarquement.
J'allais passer huit belles années dans la Marine Marchande, passant du cargo au cargo mixte (cargaison plus passagers) pour finir sur les pétroliers les plus gros du monde à l'époque, avec un
chargement de plus d'un demi-million de tonnes de pétrole.
Le Batillus pouvait en effet contenir cinq cent quarante mille tonnes de pétrole brut et il ne lui fallait que trente jours du Golfe Persique à l'Europe pour livrer son chargement.
Rendez-vous donc dans huit ans pour la suite de cette vie qui commençait à être un peu mouvementée.
En cherchant bien dans ma mémoire, il me reste encore quelques bonnes histoires de ces huit années passées autour du monde.
Je vous les livre telles qu'elles, en espérant que leurs lectures vous inciteront à en savoir plus et à vous procurer les deux tomes consacrés à mes trois tours du monde.
Patience, prochainement d'autres blogs sont prévus pour vous raconter mes meilleures histoires de marin.