Mercredi 30 juillet 2008
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La naissance, l'enfance, la scolarité
1943, la France est en guerre, les allemands maîtres du pays, l'envahissent. Nous sommes à La
Ferté-St-Aubin, petit village du Loiret, à vingt kilomètres au sud d'Orléans, en descendant sur Vierzon.
Les hommes valides, non engagés dans l'armée font vivre le village. Seule contrainte que l'occupant leur impose: faire des tours de garde la nuit, pour que les maquisards ne fassent pas sauter
le pont ferroviaire, enjambant la petite rivière "le Cosson" et le dépôt de munitions de l'usine du domaine de Chevaux, aux mains de l'ennemi. Contraintes faciles à détourner, car les
allemands, ne connaissant pas la populace, exigeaient uniquement un certain nombre d'hommes valides chaque soir, à tel ou tel endroit.
C'est ainsi qu'en août 1943, une nuit où un homme désigné de garde pour la nuit, échangea son tour avec le mari de ma mère, ceci pour je ne sais plus quelle denrée vitale pour l'époque et,
suivant le dicton bien connu:- « Qui va à la chasse perd sa place » que, neuf mois plus tard, le vingt-six avril 1944, à cinq heures du matin *naquit un superbe bébé de dix livres; votre
serviteur.
N'étant pas sur Terre pour juger des agissements de ses parents, surtout avant ma naissance, je passerai outre le côté moral de l'acte pour ne vous parler dans ce récit que de ce beau bébé venu
au monde pratiquement en même temps qu'à la fin de cette der des ders, comme disaient les anciens.
Je ne peux pas dire que j'eus une enfance malheureuse, bien qu'étant élevé les premiers mois avec les bons de rationnements.
Mon père, (je n'ose user du terme père génétique et père nourricier, c'est pourquoi je ne parlerai dans ce livre que de celui dont je porte le nom). Ce père donc, ne gagnait pas trop mal sa
vie, chef noyauteur aux fonderies de Sologne, place de la gare a La Ferté St Aubin, était rentré dès qu'il avait quitté l'école primaire à douze ou treize ans, pour n'en ressortir que près de
cinquante ans plus tard, l'âge de la retraite étant atteint»
Ma mère, avec mes deux autres frères plus grands, était ce que l'on appelle une mère au foyer et, seule la paie de mon père assurait la bonne marche de cette petite famille.
La guerre terminée, le village nettoyé des restants de bombardements, chacun pouvait enfin reprendre une vie normale. Ce fut pour moi le moment de rentrer à la petite maternelle. Je n'avais que
deux ans et demi. Si petit pour la maternelle, que c'était mon grand frère, de six ans mon aîné qui me tenait par la ceinture pour me conduire à l'école, de peur que je ne me sauve retrouver ma
mère.
Il parait que l'on ne se rappelle pas des faits et gestes que l'on a avant trois ans, pourtant, j'ai encore des bribes de souvenirs de cette époque.
Ma première institutrice s'appelait mademoiselle Langlois, une très vieille dame très gentille envers moi, car je ne me souviens pas avoir été grondé ou puni pendant toute cette période de
maternelle. Comme j'étais le plus jeune de sa classe, il est possible aussi que je sois devenu le chouchou de la maîtresse, et que de ce fait, elle devait passer les petites fautes légères de
ce beau poupon blond au yeux bleus.
Le programme journalier a été longtemps le même des années durant: le matin on nous éveillait avec des livres pleins de dessins et de textes que la maîtresse nous lisait. L'après-midi, sieste
obligatoire, assis, la tête reposant sur nos pupitres, avec interdiction de chahuter, (sinon gare à la fessée!) et il fallait rendre des bons-points que l'on avait eu du mal à se faire offrir
pour de bonnes notes obtenues ultérieurement. Déjà l'ombre de la carotte et du bâton...
Une chose dont je me rappelle aussi ou plutôt que ma mère ma raconta plus tard, c'était que j'étais déjà intrépide pour mon âge.
Du fait que mon père était chef mouleur à la fonderie de Sologne, nous habitions une maison de fonction, juste à l'angle, de la rue Masséna et de la place de la gare. Avant nous, cette grande
demeure était une épicerie buvette avec beaucoup de pièces et une grande cours où je jouais, seul ou avec mes frères.
D'après ma mère, je n'avais pas encore quatre ans quand, depuis la fenêtre de la cuisine, elle me vit seul dans la cour grimper sur des tréteaux posés près du mur. D'escalades en escalades, je
me retrouvai d'abord sur le toit de la buanderie pour finir carrément sur le sommet de notre maison.
Elle me racontait:
-'" Quand je t'ai vu là-haut, je n'ai pas crié, je ne t'ai pas appelé de peur que tu ne tombes, j'ai attendu calmement que tu redescendes par toi-même, mais j'ai dû prendre dix ans en cinq
minutes!",
La pauvre, elle souffrait déjà à cause de moi, et pourtant ce n'était que le début. Petite maternelle, grande maternelle, tout cela se déroula calmement. Puis vint le passage pour la grande
école. Nous sommes maintenant au tout début des années cinquante.
La seule condition pour passer le pas et se retrouver chez les grands, était qu'il fallait savoir lire, disons quelques lignes, sans plus, mais surtout il fallait savoir écrire, à l'encre s'il
vous plaît, la pointe Bic n'ayant pas encore fait son apparition. Je passai facilement cette épreuve, assimilant tout ce que l'on avait bien voulu me faire entrer dans le crâne.
Ce n'est que bien plus tard que je devins le cancre que tous les instits maudirent, mais qui réussit quand même à passer son C.A.P. de monteur-électricien en bâtiment, après trois années
d'internat dans un collège d'enseignement professionnel.
Mais ne brûlons pas les étapes, et restons pour le moment en primaire. Je ne vais pas passer en revue chaque classe, du cours préparatoire au certif, mais vous raconter au fur et à mesure de
mes souvenirs, des anecdotes susceptibles d'intéresser le lecteur.
En C.P., j'étais cancre à tel point que l'instit m'envoyait porter des mots doux à sa maîtresse (sic) justement parce que je ne savais pas lire, donc incapable de déchiffrer le message. Mais
manque de chance, dans le couloir, je tombai nez à nez avec ... le mari de la destinataire de la missive, (autre instit) qui l'ayant lu me dît de la porter à destination, sans le dire à celui
qui me le fit acheminer.
Les jours suivants, il n'y eut pas à signaler de meurtres, ni de gueules cassées. Les enseignants sont une grande famille, mais quand même!
Un soir de colle, comme pratiquement tous les soirs (n'est pas cancre qui veut), je me retrouvai dans une salle d'étude attendant que mon bourreau vienne me délivrer. Je devais avoir onze ans.
Au lieu du prof libérateur, c'est un autre qui, passant par là, intrigué par la lumière dans cette salle, devant être vide à cette heure, me trouva seul, apeuré. C'était mon futur instit pour
l'année prochaine. J'avais déjà redoublé une fois, je devais passer enfin cette fois-ci, il me demanda les motifs de ma colle, je bredouillai n'importe quoi, ce qui eut pour but de l'énerver.
-"Dire que l'année prochaine tu passes dans ma classe, je n'ai pas fini de m'amuser avec toi!"
S'il en était resté là... Mais la vision de ce cancre irrécupérable à ses yeux qu'il devait endurer toute une année le mit hors de lui, et il me flanqua une paire de gifles bien administrées.
-"Rentre chez toi, je dirai à celui qui t'a puni que c'est moi qui ait levé la punition".
La vache, l'autre au moins ne m'aurait pas frappé! En fin de compte, je restai deux ans dans sa classe juste avant celle du certif. Deux ans à souffrir car, toujours aussi cancre il ne se
privait pas de temps en temps de me faire comprendre que les nuls comme moi étaient matés à force de grandes claques et de coups de règles sur les doigts.
Cela s'est quand même mal terminé pour lui. En fin d'année il voulut me donner une dernière correction, mais c'était sans compter sur la hargne que j'avais accumulée envers ce type et, à
rapproche de mes quatorze ans, grand gaillard déjà musclé je lui rentrai dedans avant qu'il ne lève la main sur moi.
Cela me valut trois jours de mise à pied ce qui, dans les années cinquante fit grand bruit dans tout le canton.
La dernière année avant le certif se passa mieux merci, le prof me foutant une paix royale.
Grâce à ce répit, me mettant enfin au travail pour le but final, je passai avec succès l'épreuve du C.E.P.
Ce certificat d'étude primaire voulait juste dire que je savais lire, écrire et compter. Il fallait maintenant apprendre un métier.
Avant de terminer ce chapitre sur ma scolarité, laissez-moi-vous raconter ma première aventure amoureuse:
Tout juste douze ans, déjà un homme?
J'étais le troisième enfant de la famille, le plus petit en âge, mais le plus grand en taille (à 16 ans, je mesurais déjà un mètre quatre vingt six, pour soixante douze kilos).
Généralement, dans toutes les familles, ce sont les affaires des plus grands que l'on passe aux plus petits. Pour nous, il y avait un hic, le plus petit était plus grand que frangins. Un jour,
leurs vêtements ne m'aillaient plus du tout, il fallait bien m'habiller quand même.
Acheter du neuf, il ne fallait pas y songer, faute de sous, on se relevait à peine des restrictions de la guerre.
Ma mère connaissait une couturière qui travaillait à son compte et qui faisait du très bon travail pour presque rien.
Les jeudis, j'allais chez elle avec ma mère les premiers temps, puis seul ensuite.
Elle me confectionnait des ensembles tout à fait convenables avec des restants de tissus pour un prix modique.
Cette femme devait être seule, car je ne me souviens pas d'avoir jamais vu d'homme dans sa maison.
Je sais que déjà vers douze ans j'étais un joli blondinet, mais de là à faire tourner la tête à cette femme...
Loin de raconter des cochonneries dans ces pages, je ne vous citerai que les dernières paroles que nous échangions avant de nous quitter les jours d'essayages.
-"Alors petit, c'était bon?"
-"Oui madame"
-"On recommencera petit?"
-"Oh oui m'dame"
On ne parlait pas de couture!
Les fêtes au Cosson
La fièvre du samedi soir
Au Cosson, appellation donnée au terrain longeant la rivière du même nom. De nos jours, il y a la piscine, le terrain de camping et une aire de jeux. Je l'ai connu dans les années 50, où il y
avait encore les deux terrains de tennis. La mère monette* amenait ses vaches tous les après midi de derrière la gare pour les faire paître la où maintenant se trouve le terrain de camping.
Tout cela se situait près de la ligne de chemin de fer.
De l'autre côté, entre le casino du cosson (nom du bar-restaurant) et la N 20, les baignades étaient autorisées, par contre il fallait se baigner devant le déversoir, car juste derrière, les
égouts des abattoirs rejetaient le sang des bêtes abattues. D'ailleurs, dès que nous entendions un beuglement dans les hangars, à seulement vingt mètres de nous, dans les secondes qui
suivaient, l'eau devenait rouge, il ne faisait pas bon se baigner à cet endroit.
A cette époque, le casino possédait encore des cabines avec douches, et louait pour l'après-midi des caleçons de bain.
De temps en temps, dans la prairie longeant la rivière, les municipalités organisaient des fêtes. Je me souviens, je devais avoir tout juste dix ans, un parquet (un bal itinérant) était
installé à l'occasion de je ne sais plus qu'elle réjouissance communale.
Trop petit pour entrer dansé, bien sûr, je restai tout près de l'entrée pour profiter de la musique qui sortait du chapiteau. Un individu d'une trentaine d'années se trouvait également à
l'entrée, par contre, il semblait attendre quelqu'un à sortir.
En effet, au moment où un groupe de jeunes sortirent, il se jeta sur l'un d'eux et lui envoya un coup de poing en pleine figure. L'agressé tomba par terre, l'autre n'en resta pas là, il voulut
le frapper à nouveau, mais se ravisa aussitôt :
- "Merde, ce n'est pas le bon". Il s'était trompé de personne. Tout penaud, il aida le malheureux à se relever et lui expliqua:
- "Désolé mon vieux, mais tu ressembles trop au type qui m'a soufflé ma cavalière tout à l'heure, une petite mignonne qui m'avait promis la prochaine danse avant de se faire inviter par un
autre. Je suis vraiment désolé, tu n'as qu'a me rendre le coup de poing que je t'ai donné, comme cela nous serons quittes".
Le pauvre vieux n'était pas aussi belliqueux que son adversaire, je les vis partir ensemble du côté de la buvette où, après quelques chopines bues ensemble, ils devinrent les plus grands amis
du monde.
*La mère monette: ce n'était pas son vrai nom bien sûr, mais comme elle appelait toujours ses bêtes par ce mot là, ce nom lui est
resté.
Un petit entracte pour souffler avant le collège
- Ne pas trop en faire!
Pour elle, il escalada des montagnes, il chassa des bêtes féroces, il navigua sur toutes les mers du inonde. Pour elle, il...
Elle demanda le divorce, il n'était jamais à la maison,
Histoires à faire des cauchemars
- Pour l'amour d'une bête
Un vieil homme seul avait un chien, vieux, aveugle, squelettique mais qui n'en finissait pas de mourir.
L'homme pensait. -" Si je partais avant lui, que deviendra-t-il? Il faut que je sois fort, maïs c'est la seule solution".
Il creuse un trou dans son jardin, place son chien à côté, lui tire une balle dans la tête. Le chien bascule dans le trou qu'il rebouche. Il se couche en pleurant son fidèle compagnon. Au petit
matin, on gratte à la porte, il ouvre... sur son chien qui, la nuit durant s'est sorti du trou seul, ensanglanté mais encore en vie.
L'homme, dans son émotion F avait raté, mais la puissance du tir avait quand même assommé ranimai qu'il croyait bien mort en F enterrant.
Du coup, le vieil homme meurt d'une crise cardiaque, ce sont des voisins qui recueillent le chien pour les quelques mois qui lui restaient à vivre.
- L'horreur maximum
Une camionnette chargée de plaques de tôles roule la nuit, suivie d'un type en moto. Dans un virage, une tôle se détache et va sectionner la tête du motard.
La moto reste en équilibre, fonce droit devant elle et coupe le virage.
Le chauffeur de la camionnette qui ne s'est aperçu de rien voit une moto avec un type sans tête lui passer devant, car il a été obligé de ralentir pour amorcer le virage.
Devant le spectacle, il s'écroule sur son siège et meurt d'une crise cardiaque.
- Une mignonne en final
Un brave curé en promenade n'en croit pas ses yeux. Là, devant lui, un petit gamin avec une cigarette au bec. Il l'aborde:
-"Dis petit; tu n'es pas un peu jeune pour fumer, quel âge as-tu?".
-''Huit ans monsieur le curé",
-"Mon dieu, huit ans, et depuis quand fumes-tu?'
-" Depuis la première fois que j'ai fait l'amour".
-" Mon dieu, et à quel âge as tu fais l'amour pour la première fois"
-" Je ne m'en rappelle plus j'étais trop bourré",
Les premiers boulots, les années collège.
Le C.E.P, en poche, que faire? Pas assez doué pour continuer la sixième, j'étais plutôt manuel que intellectuel et, à quinze ans passé, il fallait pourtant me caser quelque part,
- "De mon temps, on t'aurait mis au cul des vaches pour les garder, car des bons à rien comme toi, il faut bien qu'ils fassent quelque chose!".
Ainsi parlait mon père. Heureusement ma mère ne l'écouta pas et, comme je lui avais fait part de mon intention de devenir électricien, elle se renseigna auprès de mes anciens instituteurs.
A grand renfort de coups de téléphone dans des établissements, elle finit par trouver le centre d'apprentissage de Montmirault près de La Ferté Allais, en Seine et Oise.
L'inconvénient était que pour cette année scolaire la section électricité était complète. Le directeur promit de me prendre l'année suivante, après un petit examen d'entrée, car il y avait déjà
beaucoup d'inscrits.
Un an de perdu, il fallut quand même s'occuper. Je trouvai avec du mal, à m'embaucher comme apprenti électricien dans les environs, ce qui me permît de patienter.
De toute cette année, je me souviens des bons souvenirs, lisez plutôt.
Pour un chantier, nous étions ramassés par un camion qui nous prenait devant chez nous. Un jour, un nouveau prit place dans le fond, et ne dit pas un mot. En se retournant, l'un de nous
l'aperçut, tout rouge, se contorsionnant
On lui demanda ce qu'il avait, il nous répondit qu'il avait des gaz, et qu'il se retenait pour... ne pas nous importuner. On se moqua de lui.
-"Nous sommes tous des ouvriers, ce n'est pas un pet qui va nous déranger". Cela le rassura, et il se soulagea.
Il ne se passa pas trois secondes, pas une de plus pour que le chauffeur, sans dire un mot, mit son clignotant, tourna dans un chemin creux et, suivis de tout le monde, on descendit en vitesse
pour... respirer un bon bol d'air frais. Le coupable, l'air encore plus penaud ne savait plus où se mettre. Ma parole, il avait bouffé un cimetière!
Même équipe, sur un chantier d'aménagement de pavillons, certains, déjà terminés étaient occupés.
Notre chef d'équipe avait remarqué dans un pavillon juste devant le nôtre, une jeune femme qui, dès qu'elle nous voyait, nettoyait ses grandes baies vitrées. Elle y mettait du cœur, et, pour
atteindre les parties hautes, montait sur un escabeau.
Jusque là, pas de quoi en faire un récit, mais attendez la suite.
Je ne sais plus qui le vit le premier mais, on s'aperçut très vite qu'une fois perchée, elle n'avait pas de culotte, se trémoussant de plus belle dès qu'elle s'apercevait que nous la
regardions, le barbu pratiquement à l'air.
Honneur au chef qui, devant cette attitude provocante, se dévoua et, pour un prétexte futile, se risqua de sonner à sa porte.
On ne le revit qu'une petite heure plus tard. Il ne raconta pas son entretien, mais nous expliqua que, son mari étant toujours en déplacements, elle s'ennuyait terriblement Je ne sais pas
pourquoi, mais ce chantier, en face de cette demeure si accueillante s'éternisa, et toute l'équipe, à tour de rôle vint frapper à la porte de sa propriétaire.
Hélas, il fallut bien un jour quitter le chantier enfin terminé, mais l'histoire ne s'arrêta pas là. Le tout dernier jour, quand nous savions que nous ne reviendrions plus dans le coin, le chef
fit porter à notre bienfaitrice par le plus jeune,... une carotte.
Comprend qui veut.
L'année se passa comme cela, tranquille, de petits chantiers en grands moments de déconnades.
Avec une bande de copains, dans leurs premières voitures toutes décorées, bariolées, trafiquées, provocantes, nous circulions en cortège dans les rues du village. Nous roulions au ralenti, pour
emmerder tout le monde, il faut bien le dire. Les passants, sur le bord de la rue, soit nous applaudissaient, soit nous injuriaient. Les mères de famille, hilares se moquaient de nous, pensant
sans doute que nous n'étions qu'une bande de dépravés, sans intérêts, et surtout inintéressants pour leurs filles.
Nous avions prévu cette attitude, c'est pourquoi sur la dernière voiture du cortège une grande pancarte indiquait:
-"Ne riez pas mesdames, vos filles sont peut-être à l'intérieur ».
Ce qui avait pour effet de faire stopper les rires et injures, et chacun rentrait chez soi, compter sa progéniture.
En juin reprenant contact avec le directeur qui avait tenu parole, on m'attendait début septembre pour l'examen d'entrée car il n'y avait que quatre places de disponibles pour une vingtaine
d'inscrits. Ma mère demanda à une ancienne institutrice en retraite de mes faire des cours de soutien et, pendant les deux mois de vacances, quatre jours par semaine je réapprenais les maths,
le calcul mental, les départements, les fleuves et les principales dates de F histoire de France, tant et si bien que, pour l'examen, je fus reçu deuxième.
Admis bien sûr, en internat, il ne restait plus qu'à me préparer un trousseau. Tout fut près à temps. Les trajets étaient plutôt compliqués, voyez plutôt: La Ferté-St-Aubin, Orléans, Etampes
par le train et le reste en vélo, mis dans la soute à bagage à la Ferté, récupéré à Etampes pour, après une quinzaine de kilomètres, arriver au centre (ceci pour la première et deuxième
année).
Il va sans dire que la première fois, ce fut un ami de la famille qui m'amena en voiture avec tout le paquetage: valises pleines de linge, gros cartable, planche à dessin...
La Ferté-St-Aubin, Orléans, gare d'Austerlitz, métro gare de Lyon, et omnibus de banlieue, Corbeil, Juvisy pour descendre à La Ferté Allais (en troisième année). C'est à cette époque que
j'appris en plus l'électronique par correspondance et que j'allai à Paris rue Traversière, dans le 12em, acheter mes premiers composants dans une boutique d'électronique.
Dans ce collège, qui d'ailleurs à l'époque se nommait centre d'apprentissage, j'étais interne, donc pensionnaire du lundi au samedi. En principe, toutes les fins de semaine à partir du samedi
midi, j'avais quartier libre jusqu'au dimanche soir.
En troisième année, je prenais le train à La Ferté Allais distant du collège de Montmirault de deux bons kilomètres. Ce que nous faisions à pied bien sûr, avec une petite valise de linge sale
que notre mère se devait, à peine arrivée, de laver, sécher et repasser. Ainsi, dès le dimanche après-midi la valise était prête à nouveau pour nous assurer du linge propre pour la semaine à
venir.
La Ferté Allais Paris, le train de grande banlieue passait par Corbeil Essonne, Juvisy. Une bonne heure plus tard, Paris gare de Lyon, traversée de la Seine à pied par le pont d'Austerlitz pour
rejoindre la gare du même nom où, encore une heure plus tard, à Orléans un train omnibus pour Vierzon me déposait à La Ferté St Aubin, but de mon voyage.
Parti du centre de Montmirault à 14 heures, je n'arrivais chez moi à la Ferté que le soir à 19 h 30 par le train des ouvriers Orléans-La Ferté. L'expédition durait presque six heures!
Normalement, je devais faire cela chaque semaine, mais c'était sans compter sur les colles, car si mauvais élève en primaire, pourquoi changer en bien en secondaire?
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L'obtention de mon certificat d'étude fut le sésame pour avoir le droit de me présenter dans ce bahut afin
d'apprendre le métier que j'avais choisi, à savoir: monteur électricien en bâtiment, remplacé depuis longtemps par électricien d'équipement.
Si le directeur de cet établissement avait pu savoir comment s'était comporté l'élève Renard pourtant si timide à première vue dans l'école de sa ville natale, je suis sûr qu'il aurait trouvé tous
les prétextes pour que je ne sois pas admis dans ce centre.
Mais voilà, j'étais dans la place, et j'y restais trois ans, non sans mal. J'en sortis avec ce fameux certificat d'aptitude professionnelle (C.A.P.) qui, par la suite encore me fut très utile et
surtout nécessaire pour avoir le droit de naviguer dans la marine marchande. Mais ceci est une autre histoire, racontée dans mes deux ouvrages précédents.
Revenons si vous le voulez bien à ces samedis de colle qu'il fallait bien meubler en attendant le samedi suivant
Il y aurait plusieurs histoires à raconter pour remplir un livre entier. Je n'en citerai donc que quelques unes:
Fort d'une réputation de défenseur du faible et de l'opprimé, je ne pouvais pas admettre que des pions de collège, guère plus âgés que moi (en troisième année j'avais près de dix huit ans) abusent
de leur pouvoir pour crâner auprès des nouveaux.
A la récré, je me bagarrais avec un troisième année qui, à mes yeux emmerdait des premières années. Je sentis que l'on me tirait par les épaules. Pensant à un copain de celui que je tabassais venu
le défendre, sans me retourner, j'envoyai un violent coup de poing... dans le ventre du surveillant qui tentait de nous séparer. Sous la violence du choc, il fut projeté en arrière et tomba à la
renverse. Se relevant péniblement, en se tenant le ventre il hurla:
- "Renard, ton nom..." Abasourdi par le violent coup, il voulut me demander le numéro de mon trousseau pour faire un rapport au directeur sur cet élève si violent qui se permettait de corriger les
pions de collège.
- Un soir, dans une salle d'étude, alors que je chahutais avec des camarades, la porte s'ouvrit, sur le directeur qui voulut nous calmer. Je pris une attitude arrogante à ses yeux, et il me
lança:
- "Ne prenez pas cet air idiot Renard qui vous va si bien d'ailleurs!".
Je dus répondre pour ne pas perdre la rime: -"Bien M le directeur".
- Le centre d'apprentissage de Montmirault était un ancien château, transformé en salles de cours, dortoirs et cantine. Tout le bâtiment était entouré d'un grand parc où, en temps normal nous
n'avions pas le droit de nous y promener seuls.
Les cours d'éducation physique se donnaient dans ce parc, dans des endroits spécialement aménagés. C'est dans ces sorties encadrées que j'avais remarqué un potager et plusieurs arbres fruitiers,
notamment des pommiers.
Un dimanche de colle donc, j'avais une envie de pomme. Avec un élève de première année, nous échappions à la garde du surveillant et nous voici partis dans le pare goûter le fruit défendu.
De grandes herbes hautes sous les pommiers nous camouflaient pendant que l'on se gavait de ces pommes pas encore mûres. Nous n'étions que fin juin, mais qu'importe, on se régala quand même.
Ce fut le bruissement des feuilles à quelques pas de nous qui me donna l'éveil. On se plaqua à terre, et écartant légèrement les herbes devant nous, je risquai un œil pour voir quel était l'intrus
qui nous dérangeait ainsi.
C'était le directeur, un fusil à la main et tout près son chien qui nous avait levés. Que faire? La bête était en arrêt devant nous, à dix pas. «Le dirlo», derrière, voyant l'animal stopper net
dans notre direction, pensant à un gibier traqué par son fidèle compagnon leva son fusil. Mon complice, mort de peur était incapable de faire quoi que ce soit.
Je paniquais aussi, mais me dus de faire quelque chose. Nous n'allions quand même pas nous faire canarder comme cela. Je surgis des fourrés en hurlant je ne sais quoi.
Quarante cinq ans après, j'imagine encore la tête du directeur.
Plus surpris que nous, il a baissé son fusil, a rappelé son chien et blême, pouvant à peine parler nous a dit avec un grand calme de rentrer immédiatement au centre.
L'histoire ne s'arrêta pas là, je m'attendais par la suite à des représailles justifiées-de l'autorité.
Ce fut le lundi midi, en sortant du réfectoire.
Le directeur nous mit tous en rang, première, deuxième et troisième années confondues et, devant ces dizaines de pensionnaires étonnés il me fit sortir des rangs. Je pensais en moi-même:
-"Maurice, là tu as dépassé les bornes, devant tout le monde il va te foutre une volée que tu auras bien méritée".
Eh bien non! Il s'adressa à moi: -"Renard, tu aimes tant que cela les pommes ?, Et avant que j'ai pu bredouiller une quelconque réponse il mit dans les poches de ma blouse toutes les pommes qu'il
avait amenées dans un sac.
Pendant que je ramassais celles qui étaient tombées par terre, il expliqua à tout le monde que cet imbécile (moi) avait failli se faire tuer hier dans les conditions évoquées plus haut.
Ce fut ma seule punition, le pauvre directeur, tellement content de ne pas avoir tué deux de ses pensionnaires avait choisi de me faire honte devant tout le monde. Mais je n'étais plus à cela près,
et ce ne fut pas la dernière connerie.
- Tout autour du château donc, il y avait un grand parc, avec des sapins, immenses. De temps en temps, j'allais grimper au plus haut, et là, des heures durant, je méditais en regardant autour de
moi le spectacle offert.
Un jour, je ne sais pas ce qui m'a pris, je suis monté comme d'habitude, mais avec une scie à métaux entre les dents.
Une fois là-haut, avant de redescendre, je coupai deux bon mètres de cime que je jetai au loin et, content de moi, je redescendis comme si de rien n'était.
Cela se passa un dimanche... de colle.
Tout les lundis matin, c'est notre directeur qui faisait l'appel des troupes, pour nous donner les consignes de la semaine, et surtout nous rappeler quelques règles de conduite dans un
établissement d'une telle envergure.
" N'est-ce pas Renard, pensais-je en moi-même".
Dans la cour es élèves faisaient face à la forêt et le directeur devant nous ne pouvait voir ce que certains avaient déjà repéré; ce grand sapin, juste devant eux, la tête coupée. Il y eut comme un
mouvement de foule, plusieurs élèves interpellaient leurs camarades pour leur faire voir ce qu'ils n'osaient pas croire: le plus beau sapin du parc, décapité.
Le directeur, se retournant enfin, mit plusieurs secondes avant d'apercevoir à son tour l'objet du délit.
Rien, aucune réaction, il ne broncha absolument pas. Il nous ordonna de nous taire, et finit son exposé.
Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il me fit venir dans son bureau. Il ne parla même pas du sapin, ne me demanda même pas d'avouer la décapitation, car il savait très bien que ce ne pouvait être
que moi l'auteur. De mon côté, je n'allais pas jurer mes grands dieux que je ne savais pas pourquoi j'étais dans son bureau.
Calmement, il prit la parole :
-"Renard, tu as dépassé les bornes, je ne peux plus te garder ici, vis à vis des premières années, tu es un très mauvais exemple, je te laisse inscrit pour le C.A.P. que tu dois passer à Corbeil
dans quinze jours, tu te présenteras comme candidat libre, je ne veux plus te voir!".
Le pauvre, il avait quand même tenu près de trois ans.
Pensant encore à justifier sa conduite envers moi, il sortit une feuille d'un dossier et m'énuméra les rapports des profs et pions depuis mon entrée dans l'établissement:
- élève d'une insolence des plus rares et des plus vulgaires. Exemples:
- à la récréation, oblige sous la menace un élève de première année de traiter le maître d'internat de con.
- au réfectoire, casse l'assiette de son voisin et en menace le surveillant avec les morceaux.
- descente nocturne dans la remise de la cantine pour boire le vin destiné aux professeurs.
- fait le mur pour, en dehors des heures de sorties autorisées, passer son temps en face à l'épicerie, jouer au baby-foot. (Tu parles, en fait de baby-foot, c'était la fille de l'épicière qui
m'accueillait les bras ouverts, et quand je dis les bras...).
J'en passe et certainement des meilleurs.
Ironiquement, il eut quand même le courage de me dire que le coup du sapin était trop récent pour l'inclure dans sa liste, mais qu'il y en avait suffisamment comme cela pour justifier mon
renvoi.
Tous ces rapports étaient envoyés à la maison par la poste, et il fallait que ma mère, après en avoir pris connaissance les renvoie signés au directeur, par courrier. Car si je mettais la main
dessus, personne ne les retrouverait.
La pauvre! Que de soucis elle a dû se faire avec ce grand garnement qui lui procurait tant de misères! Je pense qu'elle fut soulagée, oh combien quand, un petit mois plus tard, je reçus ce papier
annonçant ma réussite pour mes trois années d'internat.
Pour en revenir au sapin décapité et les virées en face, à l'épicerie, trente ans plus tard, avec ma femme et mes jumeaux, (la grande fille étant partie depuis peu en Suède), me promenant un
dimanche, je fis voir à ma petite famille les endroits où, collégien, je passai trois années en internat. Je reconnus mon sapin qui pourtant, après si longtemps, ne s'était toujours pas remis de sa
coupe forcée. De plus, en trafiquant sur la Ci-Bi* de mon véhicule, je rentrai en conversation avec une femme.
Après une petite discussion de quelques minutes, lui expliquant les motifs de ma venue en ses lieux, elle m'interrompit:
-"Tu ne serais pas Maurice par hasard? Est ce que tu es seul?"
Après tant d'années, il y avait prescription. Ma femme en rit encore. C'était elle, la petite de l'épicerie, qui, à la mort de ses parents avait repris le commerce devant mon collège.
Elle m'avait reconnu, trente ans plus tard. J'avais dû, à l'époque lui faire très bonne impression pour qu'après tant d'années elle rêve encore de son Maurice, si fougueux à l'époque.
Nous étions un dimanche, sa boutique était fermée, elle m'aurait certainement ouvert sa porte à nouveau pour se rappeler les bons moments passés ensemble, mais je n'ai pas osé, vis à vis de ma
femme et de mes deux enfants. Tout seul peut être... mais avait elle quelqu'un de son côté? Elle ne me le dit pas, nous nous sommes quittés sur la CI-BI sans nous voir de visu.
Revenons à mon renvoi du bahut, quinze jours avant l'examen du C.A.P.
Viré comme un malpropre, je rassemblai tout mon paquetage, la valise énorme, le cartable plein de trois années de cours plus ou moins bien appris, et le fameux carton à dessin.
Pas le temps de prévenir la famille de l'arrivée du fils à la maison. De toute façon, à cette époque pas de portable, les parents ne possédaient d'ailleurs pas le téléphone. Il n'y avait que le
télégramme pour prévenir mais je n'en eus pas le courage.
Mon vélo était encore dans une remise, je calai le tout tant bien que mal sur le porte-bagage et me voilà parti sur les routes. Montmirault Etampes, je connaissais pour l'avoir fait pendant deux
années de suite, mais le plus dur fut le trajet Etampes Orléans La Ferté St Aubin. Près de cent kilomètres à vélo, chargé comme un mulet. J'avoue que je ne le ferais plus.
Parti en milieu d'après-midi du centre, j'arrivai en pleine nuit à la maison, complètement épuisé. Tout le monde dormait bien sûr.
Ma mère, affolée de me voir dans ces conditions se calma assez vite, voyant que je n'avais pas trop souffert de l'expédition. Je mis quand même deux jours à me remettre de la fatigue dans les
jambes.
Il restait une quinzaine de jours avant la date de l'examen du C.A.P. à Corbeil, j'en profitais pour bûcher mes cours. De toute façon, il n'y avait rien d'autre à faire.
Parcourir trois années de leçon en quinze jours, c'était un record. Je me fiai à ma très grande mémoire pour emmagasiner toutes les données que je jugeais nécessaires pour l'examen.
D'ailleurs, conscient que je n'avais pratiquement rien fait pendant ces trois années d'internat, le dernier mois, tous les soirs dans mon lit sous les couvertures avec une lampe de poche, je
relisais mes cours. Mais est-ce que ce serait suffisant pour décrocher le C.A.P. ?
La veille de l'examen, je partais seul en train pour Corbeil, pensant trouver un hôtel pour y passer la nuit. Manque de bol, la ville était en fête pour, je crois, une grande foire annuelle, donc
impossible de trouver une chambre dans toute la ville.
Mais ce n'est pas cela qui m'arrêta. Je me rendis au collège où, le lendemain je devais passer l'épreuve. Situé hors de la ville, il y avait un champ de blé tout près. Je revins le soir à la tombée
de la nuit et, me frayant un chemin dans les sillons assez loin de la route pour ne pas être repéré, je passai la nuit à la belle étoile. Au petit jour, le premier arrivé et pour cause, on nous
offrit un petit déjeuner avant de commencer.
Pendant toute la journée, épreuves sur épreuves, je passai ce fameux diplôme que je décrochai avec mention assez bien.
Ces trois années ne furent pas trop gâchées en fin de compte, mais j'avoue que j'aurais dû mieux les passer en étant un petit peu plus assidu.
"N'est-ce pas M le Directeur?".
C.A.P. en poche j'étais près à me lancer sur le marché du travail mais, à dix huit ans et demi, je fus vite convoqué pour les trois jours, l'armée m'attendait.
*CI-BI; Citizen Band, la bande du citoyen. Emetteur récepteur sur 27 Méga-Hertz disposé dans les véhicules pour discuter entres
conducteurs et avec des stations fixes. Très à la mode dans les années 1980.
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L'armée
Les trois jours, M'frez quatre jours, rompez!
Si de nos jours, nos jeunes ne font plus qu'une journée d'initiation à la vie militaire, de mon temps
il n'en était pas de même.
Pas très longtemps après ma vie de collégien, je reçus un jour une belle lettre du gouvernement me demandant de me rendre tel jour à telle heure à tel endroit pour effectuer les trois jours
nécessaires à ma future incorporation dans l'armée française où je devais y rester dix huit mois.
Pour parodier une histoire du regretté Fernand Raynaud, au bas de la lettre était inscrit (en d'autres termes):
- "Si vous ne partez pas immédiatement on vous fout en tôle".
La tôle je l'ai connue, mais pas tout de suite, seulement à la fin de mon temps d'armée. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs, et rendons nous à Vincennes pour ces fameux trois jours; qui
d'ailleurs ne durèrent qu'une journée et demie. Visite médicale, tests en tous genres, pas le temps de s'ennuyer.
Le test I. T. N. me fut bénéfique car il détermina ma future activité pendant tout mon temps d'armée. Je m'explique:Ce test est une épreuve de lecture au son, c'est à dire la compréhension du
langage Morse, du nom de son inventeur, Samuel Morse (l'alphabet est remplacé par des traits et des points (I-T-N)
Ce procédé servait au télégraphe électrique afin d'acheminer des messages uniquement à l'aide d'un manipulateur et d'un son continu. D'abord par un fil, ensuite par les ondes hertziennes. Le
test consistait donc, pendant une demi-heure à nous envoyer à l'aide d'un haut-parleur, (nous n'entendions que des sons modulés aigus) des séries de lettres, uniquement des I, des T, et des N,
dans tous les ordres possibles par groupes de trois:
I T N, T I N, N I T point, trait, trait point / trait, point, trait point / trait point, point, trait et ainsi de suite, qu'il fallait transcrire sur le papier par:
/._-./_._ ./_.._/
Le test était constitué de deux parties: une première fois par ce qui vient d'être expliqué plus haut, pendant une demi-heure précise, ensuite un quart d'heure de pause. En deuxième partie, le
même test dans l'ordre exact du premier, (c'est à dire qu'ils nous repassaient la même bande une deuxième fois).
La correction consistait non pas à savoir le nombre de fautes dans l'un ou l'autre test, mais à comparer le nombre de fautes entre la première et la deuxième épreuve. Pour vous dire la
difficulté! Seulement dix pour cent des participants avaient terminé le test, et seulement moi et un autre avions la moyenne.
Ce résultat en ce qui me concerne ne m'étonna pas le moins du monde car, depuis déjà bien longtemps j'avais appris l'alphabet morse/ copié sur le gros Larousse familial, en noircissant bon
nombre de pages de cahiers pour me le rentrer dans le crâne.
Les bonnes notes en fin de stage me donnèrent le droit de choisir le corps d'armée et le lieu où je voulais être incorporé.
Le choix fut assez rapide, j'inscrivis: Transmission, Allemagne.
Transmission car, en troisième année de collège j'avais commencé des cours de radio-électronique par correspondance qui ne marchaient pas trop mal.
Et l'Allemagne, pour voir déjà un pays autre que la France, sans savoir que plus tard, trois tours du monde m'attendaient en temps que marin de commerce au long cours.
A cette époque l'armée faisait ce qu'elle voulait des futures recrues et il n'était pas rare de se voir affecter dans tout autre chose de ce que l'on avait demandé. Pour moi il y eut une
exception, car quelques temps plus tard je reçus mon affectation:
Deuxième groupe de Chasseurs portés, section transmissions, Saarburg, FFA. F.F.A. Force Française en Allemagne.
Je n'en demandais pas tant!
Hôpital militaire à Bourges Bon pour le service
Avant de partir pour l'Allemagne faire mon temps d'armée, je passai quinze jours en observation à l'hôpital militaire de Bourges/ pour un souffle au cœur détecté lors de mes trois jours.
Depuis ma plus tendre enfance, dès que je faisais trop d'efforts, j'étais essoufflé et il m'était impossible de faire quoi que ce soit avant une période plus ou moins longue de repos.
En fin de compte, à Bourges, on détecta un shunt gauche droit, c'est à dire un léger passage infime entre le ventricule gauche et le droit.
Le sang dans mon cœur ne prenait pas le chemin habituel, et à la longue, sous l'effort, la fatigue se faisait sentir.
Rien à faire sinon l'opération, mais comme me dit le toubib militaire, si vous êtes arrivés à vingt ans avec cette anomalie, c'est que vous pouvez vivre encore au moins autant. (On en est déjà
à deux fois le pronostic!).
Donc, j'étais bon pour le service, mais classé E 3 à savoir; exempt de marches forcées, de sports violents et de grandes manœuvres.
Cela ne m'empêcha pas de faire tout mon temps d'armée dans les transmissions avec en final le grade de Caporal instructeur transmissions.
Déjà à l'hôpital, je faisais partie du contingent et, dès ma sortie après les quinze jours d'observation, je rejoignis directement mon unité à Saarburg par le train avec un bon de transport en
poche.
Cela me dispensa des brimades des premiers jours par les gradés instructeurs.
Les sévices infligés étaient complètement débiles et aucunement flatteurs pour l'armée française. En fin de journée, sur la place d'arme, tous les bleus au garde-à-vous devaient crier à
tue-tête.
-"Brigitte Bardot est une belle fille, mais je suis trop moche pour me la faire".
Me connaissant, je ne sais pas si je me serais plié à cette grosse connerie. Durant les quatre mois de classes, pendant que mes camarades de la 63/2A crapahutaient dans la boue aussi bien de
jour comme de nuit, j'étais tranquillement assis en salle de cours, un casque sur la tête où, pendant des journées entières, je devais noircir des cahiers de groupes de mots reçus sous forme de
Ta et de Ti (point et trait).
Au bout des quatre mois, on passait l'examen final. Mes bonnes notes obtenues me permirent de passer caporal d'office et, pour la première fois une permission de quinze jours me fit revoir la
France.
Il n'est pas question ici d'embêter le lecteur avec des récits de bidasses sans intérêts, c'est pourquoi je ne m'étendrai pas trop sur mon temps passé à l'armée. Quelques faits quand même qui
méritent d'être cités:
- De temps en temps, les Commandants des casernes des FFA faisaient des concours de transmissions inter-armée.
Cela consistait pendant des heures entières à ne communiquer que par graphie, et l'unité qui était la plus compréhensible était déclarée vainqueur.
Donc, dans un rayon de cent kilomètres (portée maximum de nos émetteurs-récepteurs) il n'était pas rare de recevoir des coups de téléphone pour nous demander si tel jour, telle heure nous
serions intéressés pour une rivalité sur les ondes.
Les refus étaient très rares, chacun voulant se mesurer aux autres.
C'est ainsi qu'un jour, notre Commandant proposa à une caserne voisine un match amical.
La réponse ne se fit pas attendre, mais comportait un bémol.
-"D'accord pour la rencontre, à condition que le caporal Renard ne soit pas en compétition".
Ma renommée, connue de tous avait passé les frontières, personne ne voulait se mesurer à moi.
Hors course, je fus désigné pour superviser le duel. La gloire quoi!
-Cabot (caporal), je devais un soir, sur l'ordre du juteux (adjudant) désigner une équipe de douze personnes pour la corvée de pluches du lendemain. De chambres en chambres, déjà une dizaine de
volontaires consentants ou non. Avisant une jeune recrue, je lui lançai la phrase habituelle:
-"Toi, corvée de pluches demain à neuf heures aux cuisines".
Je ne m'attendais pas à la réponse qu'il me fit.
-" Mon caporal, je suis noble, je suis monsieur De, et il me serait très désagréable de me mêler à ces gens pour une corvée de ce genre",
Je n'en croyais pas mes oreilles. Il fallait faire comprendre à cet individu le sens déplacé de cette réponse en ces lieux.
Il me lançait des De, j'allais lui en donner.
-"Monsieur De mes Deux, vous serez De corvée De chiottes Demain à Deux heures, en plus de votre corvée De pluches, rompez,
Non mais!
- Une autre fois, le juteux manquait de caporal instructeur pour la formation du maniement des armes des nouvelles recrues.
Il me fît part du désir qu'il avait de me mettre pour une fois seulement avec une classe de bleusailles afin de leur apprendre à tenir un fusil.
Je l'avais pourtant prévenu:
-"Mon adjudant, je ne me sens pas du tout capable d'assurer ce cours, il n'y a vraiment aucune comparaison entre un manipulateur morse et un fusil".
-"Exécution ou vous me ferez quatre jours", fut sa réponse;
Il l'avait voulu. Rassemblant les nouveaux dans une salle de cours je commentais en leur montrant un fusil.
-« Un fusil comporte deux parties, ce bout-ci est le fu, et celui-là le sil ».
Mon cours ne dura qu'une petite minute, Je n'en dis pas plus, le juteux que je n'avais pas vu dans le fond de la salle m'ordonna de stopper tout de suite, m'assurant que c'était lui-même qui
assurerait le cours.
Il n'y eut aucune suite à ma leçon massacrée, le gradé ayant peut-être compris que je ne serais jamais qu'un instructeur transmission, et rien d'autre.
Ce fut quand même cette passion qui me valut quelques jours de tôle.
Libérable une dizaine de jours plus tard, je fis encore des cours de lecture au son à des futurs transmetteurs.
Il y avait deux possibilités de formation:
Soit envoyer une bande préenregistrée et passer de tables en tables pour voir les fautes commises, soit je restais à mon bureau, et c'est moi-même qui envoyais des phrases ou des groupes de
mots à tout le monde.
Lassé par les phrases types à transmettre, ce jour là, je voulais innover, mal m'en prit.
Je tapai des phrases sans queue ni tête, et même des choses hostiles à l'armée et à mes supérieurs.
Trop absorbé par mon travail, je ne vis pas le capitaine entrer. Il aurait regardé un élève médiocre qui ne prenait qu'une frappe sur deux, il n'aurait pas pu comprendre le sens des phrases,
mais manque de bol pour moi, il se mit derrière mon meilleur élève qui ne manquait absolument rien.
Voila ce qu'il déchiffra en même temps que celui qui notait si assidûment:
-"Aux chiottes l'armée, les supérieurs sont tous des cons..."
Il va sans dire que l'élève qui avait si bien pris ce message ne fut nullement inquiété, ce n'en fut pas pareil pour moi.
Le capitaine s'en alla se plaindre au commandant et, pour la première fois, je gouttais au trou pour quinze jours. (Le niouf aurait dit Pierre Palmade)
Il était prévu que nous soyons rendus à la vie civile dix jours plus tard, j'avais chope quinze jours.
Le capitaine m'expliqua que je ne serais libéré qu'à la fin de mes jours de tôle, sauf si je renonçais à mon grade de caporal, dans ce cas je partirais en même temps que mes camarades.
Un grade pour cinq jours de gagné, qu'auriez vous fait à ma place?
Je déchirai mes deux galons devant mon supérieur, et c'est ainsi que je fus libéré comme tout le monde, le jour prévu.
J'ajouterais pour finir que, parti pour dix huit mois, les lois changèrent pendant mon incorporation sur le temps d'armée, et je fus libéré au bout de seize mois.
C'était toujours cela de pris.
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Retour à la vie civile. Vingt et un an, sur le marché du travail.
L'année terminée, que faire?... Avant de partir bidasse après mes trois années de centre d'apprentissage,
j'avais été embauché près de Beaugency dans une fabrique de matelas comme simple ouvrier.
On était loin de mon métier d'électricien, mais il fallait bien gagner sa vie, en attendant des jours meilleurs.
Donc, après mon retour de l'armée, cette usine me reprit quelque temps, ce qui nie permit de me re-familiariser à la vie civile.
J'habitais toujours chez mes parents à La Ferté St Aubin. A cette époque je m'inscrivis à la chorale "A cœur joie", dirigée par la directrice de la maison familiale des touts petits.
Nous y allions une fois par semaine. Dans cet établissement, une employée, Christiane, habitant Vierzon, travaillait comme puéricultrice.
De semaine en semaine, à chaque réunion, je me rapprochai de plus en plus d'elle, si bien qu'un jour, elle annonça à ses parents son désir de se fiancer avec ce grand beau jeune homme qui chantait
si bien.
Après mon usine de matelas, j'enchaînai dans une fabrique de boulons, dans le village d'à côté pour un salaire plus motivant.
Dans cette nouvelle place, pas de ramassage en car comme à Beaugency, je devais m'y rendre par mes propres moyens.
J'avais acheté une quatre chevaux Renault à un collègue de travail quelques mois auparavant pour la somme de cinq cent francs. Cela ne représente plus rien de nos jours, mais il faut savoir qu'à
l'époque, en mille neuf cent soixante cinq, je ne gagnais que huit cent francs par mois (environ cent vingt deux euros).
Ce véhicule me servait donc pour me rendre à mon travail tous les jours, et aussi de temps en temps pour me rendre à Vierzon les fins de semaine dans la future belle-famille.
Le mariage se fit quand même un jour, mais non sans mal, voyez la suite.
Ouvrier pensionnaire Bonne table, bonne couche
A vingt quatre ans, je travaillais dans une usine de fabrique de rondelles et de boulons, petit village près d'Orléans, à vingt kilomètres de la Ferté St Aubin,
Je partais tous les matins de bonne heure, avec la gamelle préparée par ma mère, pour le repas du midi.
Contre la prise d'une boisson dans le Bar-hôtel-restaurant du patelin, j'avais le droit de me faire réchauffer le repas.
Cela dura quelques semaines. Sympathisant avec un collègue de travail, il voulut bien me prendre en pension complète chez lui, du lundi au vendredi. Les deux repas et le petit déjeuner compris.
Après nous avoir mis d'accord sur le prix, il me fit visiter sa maison, et je rencontrai sa femme pour la première fois, Petite bonne femme douce, gentille qui fut enchantée par l'idée de son mari.
J'allais donner un souffle nouveau à la maisonnée, en côtoyant les quatre enfants du couple, (trois garçons et une petite fille). Tous furent enchantés également pour ce nouveau copain locataire
qui allait égayer leur vie.
Un bon mois se passa sans rien d'extraordinaire mais, peu à peu, à force de côtoyer cette femme si douce, si gentille, un jour où elle devait être en manque d'affection, arriva ce qui devait
arriver. Je la pris dans mes bras et l'embrassa amoureusement.
Elle ne fit rien pour se soustraire à l'étreinte, bien au contraire, elle en redemanda.
Depuis ce jour tout alla très vite pour nous deux, dès que nous étions sûrs d'être seuls, ce n'était qu'étreintes et attouchements coquins.
Au fur et à mesure que notre passion prenait de l'importance elle me raconta sa vie amoureuse avec ce mari, père des quatre enfants,
-"Jamais je n'ai eu vraiment d'attirance envers lui m'avoua-t'elle, les enfants sont venus comme ça.
Même la dernière, il a dû me la faire dans un demi sommeil, je ne m'en rappelle absolument pas".
La pauvre, toute cette vie sans amour vraiment! Elle pouvait m'adorer, je lui donnai en quelques mois ce qu'elle n'avait pas eu en quinze années de vie commune.
Notre imagination en recherche d'amour n'avait pas de limite. Pratiquement chaque nuit, elle se levait pour faire rentrer le chat de la maison qui miaulait à la porte.
Au retour, elle se trompa de lit et se glissa à côté de moi qui dormais pourtant avec le grand fils. Elle lui tourna la tête de l'autre côté de nous en la maintenant avec sa main pendant que je la
besognais... tandis que nous entendions ronfler le mari dans la chambre à côté.
Au petit déjeuner, elle descendait toujours la première préparer le café, je la rejoignais et, pendant tout le temps que nous entendions le bruit du rasoir du mari à l'étage... sur la table de la
cuisine.
Pour la communion du petit dernier, je fus invité comme faisant partie de la famille (tu parles!).
Pendant le repas du midi, elle était assise en face de moi, sa mère à côté d'elle.
Avec mes grandes jambes, je lui faisais du pied tout le long du repas. A un moment donné, je me penchai pour je ne sais plus quelle raison et, horreur, je me rendis compte que depuis le début, je
faisais du pied à... sa mère, qui, certainement enchantée de la chose n'avait pas bronché.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Un mercredi, le plus grand des fils encore dans la maison, (les autres étant partis soit au patronage soit au catéchisme) me vit sortir à poil de la
chambre de sa mère.
Je réussis à le convaincre de ne rien dire à son père lui prétendant que je ne pourrais plus jouer avec lui et ses frères et sœur, il tint sa promesse pendant près de deux mois. Toujours en pension
chez lui, nous faisions d'avantage attention sa femme et moi.
Un beau jour, quand même j'aperçus un changement dans l'attitude du père. Je savais qu'il le savait, mais lui ne savait pas que je savais qu'il le savait (vous suivez toujours?).
Cela dura encore un bon mois mais, il avait dû préparer son heure de vengeance car, un jour que j'étais de congé, il me fit savoir que je devais me rendre rapidement chez lui pour des choses
importantes me concernant.
L'heure de vérité avait enfin sonné. Moi, inconscient, je me rendis au rendez-vous, alors qu'il aurait très bien pu être derrière sa porte avec un fusil.
Il me reçut, sans fusil, mais rouge de colère. Il me déballa tout d'un seul coup: que j'étais un grand dégueulasse d'avoir fait cela, après tout ce qu'il avait fait pour moi. Sa femme, à côté de
lui ne disait rien, n'osant même pas me regarder. Dans son esprit, elle perdait son jeune amant, c'est tout ce qu'elle voyait.
Le mari, une fois sa colère passée me proposa un marché.
-"J'ai un crédit pour cette maison, si pendant six mois tu me donnes cinq cent francs par mois, je ferme ma gueule, sinon j'écris une lettre à ta future belle-famille pour expliquer ce que tu as
fait".
Je n'osai pas lui dire non sur place, je pris le peu d'affaires m'appartenant, et je quittai cette maison à la couche si accueillante pour ne plus jamais revenir.
Dès ma semaine de congé terminée, je démissionnai de mon travail, pour ne pas me retrouver face à mon rival, et je me mis à rechercher du travail sur Vierzon, ville de ma fiancée.
Le salaud tint parole, un mois après notre discussion houleuse, ne voyant pas de chèque ni de mandat venir, il écrivit sa fameuse lettre et, pendant une quinzaine de jours, fiancée et futur
belle-mère me firent la gueule, en faisant comprendre quand même que le procédé du chantage était honteux.
Cela s'arrangea quand même, car quelques mois plus tard, j'épousai celle qui allait devenir ma première femme et me donner mes deux premiers enfants.
Mercredi 30 juillet 2008
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17:09
Premier mariage. Unelec Vierzon, Orléans.
On oublie tout et on recommence
Suite à mes histoires de coucheries dans ma dernière place du côté d'Orléans, il me fut difficile de reconquérir le cœur de ma fiancée mais, enceinte de quelques mois, elle dut se résoudre à
pardonner et à se laisser passer la bague au doigt.
A cette époque, je travaillais à Vierzon dans une usine de construction de ponts roulants et de translateurs dont le siège était à Orléans.
Comme nous logions chez les parents de ma femme, je demandai à mon chef mon intention de me faire muter sur Orléans.
Ma demande fut acceptée, et on me logea même dans une maison de fonction, tout près de l'usine.
Jeune marié avec un enfant, pas de loyer (juste les charges à payer), cela commençait bien.
Nous étions à l'approche de Mai 68.
J'assumais assez bien ma nouvelle fonction d'électricien d'entretien, voici d'ailleurs quelques souvenirs de cette période.
- Dans l'atelier de fonderie, le responsable de la chauffe me demanda pour dépanner un monte-charge prévu pour alimenter un haut fourneau.
Je me rendis sur place avec un nouvel embauché. Le responsable du four m'expliqua:
-"Tu vois maurice, une fois le panier chargé, avec cette télécommande, je lance le cycle et en principe, le monte-charge démarre tout seul jusqu'à hauteur de la gueule du four et se renverse dans
le brasier. Depuis ce matin, impossible de démarrer la séquence, alors qu'hier soir tout marchait très bien".
J'avais remarqué à mi-hauteur du parcours, des fins de courses sur les rails qui devaient êtres grippés, et bloqués dans la mauvaise position empêchant ainsi le fonctionnement normal de la
séquence automatique.
Nous vidions le panier et je montai dedans avec le nouveau. A l'aide de la télécommande manuelle, je montai à hauteur des fins de courses supposées défectueux. En effet, dès que je les eus remués
un peu, tout se remit en ordre; la séquence automatique se déroulant correctement.
Mais voilà, la manette pour tout stopper était restée en bas, le responsable de l'atelier me faisant entièrement confiance était reparti à d'autres tâches,
Crier n'aurait servi à rien, car le bruit ambiant dans une fonderie est assourdissant.
Nous montions lentement vers l'enfer, la séquence reprenant son cycle normal.
Arrivé en haut, le panier devait se renverser tout seul dans le brasier.
L'inconvénient majeur était que cette fois le chargement n'était pas des pièces de ferraille, mais deux types qui, si rien ne se passait allaient vers une mort certaine. Quelques secondes encore,
et tout serait fini.
Mon chef, cherchant Renard dans toute l'usine pour voir comment il s'y prenait avec le nouveau m'avait enfin trouvé dans cette fonderie.
Arrivant juste quand je montai dans le panier, anticipa la suite et, le temps qu'il se jette sur l'arrêt d'urgence obligatoire (merci le bureau Veritas), le chariot était en train d'amorcer le
basculement et la descente aux enfers.
Déjà la chaleur du four nous caressait le visage quand tout s'arrêta net.
Il ne nous fallut pas longtemps pour redescendre par les poutrelles comme des acrobates. Le chef me souffla une bonne engueulade que je méritais largement.
Une autre histoire se passa dans cette fonderie:
- Le responsable en chef, en fin de carrière devait être remplacé. Trois postulants étaient prévus pour prendre sa suite.
Un des trois, connaissant malheureusement la mentalité des deux autres, déclara forfait, et se mit hors course.
Des deux restants, le plus malin invita son rival un midi au restaurant et le fit boire plus qu'il n'en fallut pour, qu'à la reprise de l'après-midi le directeur passant par là vit notre pauvre
victime en état d'ébriété.
-"Vous voyez bien M le directeur que cette personne ne peut prendre le commandement de la fonderie, il est souvent dans cet état", se plut à dire le mauvais homme. Le directeur, écœuré par cette
attitude, flairant le traquenard, rejeta la candidature des deux acolytes et se retourna sur le troisième qui n'y croyait plus, mais qui fut bien content en fin de compte de prendre le poste.
Pour finir, une histoire racontée à l'usine que je me permets de vous narrer, elle d'une femme cariste (conductrice de chariot élévateur).
Un jour que j'étais sur son parcours, elle s'arrêta à ma hauteur et me demanda: -"Maurice, dis-moi la différence qu'il y a entre un sac à patates et une femme".
Des histoires, des blagues, des devinettes j'en connaissais des tonnes mais là, je lui avouai mon ignorance pour trouver une réponse.
Elle était tout heureuse de me piéger,
-" Eh couillon, le sac, tu le remplis par le haut, la femme... par le bas'"
Sans commentaires.
La main au panier
-" Toutes des salopes..." (Guy Bedos)
Ma fonction d'électricien d'entretien chez Unelec ne consistait pas uniquement à dépanner des chaînes de productions dans les ateliers. Il nous arrivait parfois d'être appelé dans les bureaux
pour des petites bricoles.
Comme par exemple ce jour où, un collègue fut demandé par un chef bureaucrate. Les secrétaires ne pouvaient plus travailler sur leurs machines de saisies par manque de courant sur leurs
pupitres.
Il se rendit donc dans ie bureau où, effectivement toute l'installation avait disjoncté, il me raconta:
-" L'armoire électrique était alimentée, mais toutes les prises sous les tables étaient hors service.
Je dus me mettre à quatre pattes pour, sous le bureau, voir cela de plus près. Du premier coup d'œil je remarquai que sur la première prise, il y avait une multiprise où était branchés plein
d'appareils, genre ventilateurs, radio,,, je ne sais pas qui avait fait ce branchement, mais cette première prise alimentait toutes les autres. Un énième appareil de trop et, comme la première
prise était munie d'un dirurpteur qui avait déclenché, toutes les autres prises derrière se trouvaient également hors circuit.
J'avais traîné ma caisse à outils derrière moi. Au moment où je me suis retourné pour saisir un tournevis, je n'en crus pas mes yeux.
Toutes les filles étaient restées à leur poste en attendant le dépannage pour
reprendre leur travail. Celle-là même qui s'était déplacée pour que je puisse me glisser sous la table était là, tout près de moi, se trémoussant sur son siège, La garce, elle n'avait pas de
culotte. Pensant sûrement que je la regardais, elle se tortillait de plus en plus. Crois-moi si tu veux Maurice, mais je n'ai pas pu me retenir, et je lui ai mis la main, carrément. Cette salope
s'est mise à hurler. Son chef est accouru aussitôt; et sur les seules explications de la fille, j'ai eu une mise à pied. Il n'y eut rien à faire, la provocation de la fille était pourtant
visible, mais je n'ai pas eu te droit de m'expliquer, j'attends mon renvoi.
Tout cela pour une main au panier, c'est un peu fort".
On essaya bien de le défendre, mais il n'y eut rien à faire/ la fille et la direction restèrent sur leurs positions.
L'attouchement sexuel est une faute grave, je veux bien, mais l'exhibitionnisme? Car, pour ce cas précis, il ne lui avait pas mis la main dans le slip contre son gré, elle n'avait pas de culotte.
Tout cela avait été fait pour le provoquer. Salope !
Les bons côtés du métier
Les maisons de fonction
En plus des dépannages électriques dans les bureaux de la société qui, parfois, se terminaient mal, nous avions aussi, nous les électriciens d'entretien, la charge des maisons de fonction.
L'usine Unelec d'Orléans était littéralement entourée de pavillons et villas pour le logement des dirigeants, des cadres et des chefs.
De temps en temps donc, nous étions appelés par nos chefs de service pour un ordre, dans une maison pour une bricole à effectuer dans le domaine électrique.
Avec notre bon de travail en poche, une échelle sur le dos et la caisse à outils, nous partions quelquefois des après-midi entiers; soit effectuer une installation électrique dans un pavillon
nouvellement refait à neuf, attribué à un nouveau locataire, soit installer une antenne de télévision sur le toit de cette autre villa. Ces chantiers étaient plaisants, car on s'échappait
totalement du milieu d'ouvriers d'usine. Il n'était pas rare, aussi, d'êtres remerciés grassement par les occupants des lieux. Quand ce n'était pas l'épouse qui nous offrait l'apéro, c'était la
fille de la maison qui nous faisait les yeux doux,
Une fois, sur un toit une bonne partie de la matinée, je devais refaire entièrement l'arrivée de l'électricité depuis le poteau au coin de la maison jusqu'au branchement du compteur. La maîtresse
de maison avait dû oublier ma présence au-dessus d'elle car, par les baies vitrées ouvertes, je la voyais en toute petite tenue, un plumeau à la main aller de pièces en pièces épousseter ses
bibelots. Aux premières loges, je savourais le spectacle.
Notre métier, dans ces moments-là avait aussi ses bons côtés!
Mais quelques mois de cette nouvelle vie me firent comprendre que je n'étais pas assez mûr pour être un vrai père de famille.
C'est dans cette période de doute sur mon désir de continuer la vie commune avec cette première épouse que les grèves de Mai 68 nous tombèrent dessus. L'usine resta aux mains des grévistes un bon
mois.
J'en faisais partie bien sûr, trop content d'un changement dans ma vie si monotone. L'usine comptait à cette époque plus de mille ouvriers. Seulement quelques dizaines d'individus l'occupaient
jour et nuit.
Tous les matins, à l'heure de l'embauche, les non grévistes tentaient de pénétrer pour prendre leur travail. Ils étaient chaque fois refoulés par les grévistes.
Pour éviter tout assaut des grilles, nous les avions soudées entres elles, et des manches à incendie en batterie étaient prêtes à se mettre en fonction au cas où.
Vous dire l'ambiance chaque matin serait superflu.
L'usine étant propriété privée, les forces de l'ordre n'avaient pas le droit d'intervenir pour nous déloger sans un ordre hautement supérieur qui n'arriva heureusement jamais.
Par contre, une voiture de police nous surveillait jour et nuit à proximité.
Des piquets de grève se mêlant aux non grévistes nous avertîmes que la police avait mis au point une combine pour mettre le désordre dans nos rangs et ainsi forcer le barrage pour rétablir
l'ordre.
Ils envisageaient de nous envoyer un homme ivre qui mettrait le bazar dans nos troupes en nous insultant.
Nos espions grévistes appréhendèrent l'homme fauteur de troubles avant qu'il n'arrive jusqu'à nous, ils le saoulèrent encore plus et le renvoyèrent près des flics. Le piège se retourna sur eux,
car l'homme, complètement ivre fit tellement de scandale dans la foule des non-grévistes qu'ils durent le conduire au poste, en cellule de dégrisement. Bien fait!
Cette grève nationale dura quand même un bon mois (les anciens s'en souviendront).
Quand tout fut terminé, que les syndicats se mirent d'accord avec le gouvernement pour la reprise du travail, le jour où, portes déverrouillées, manches à incendies rangées, nous invitions les
non-grévistes à pénétrer enfin sur leur lieu de travail, ils hésitèrent longuement avant de faire un pas. Il fallait savoir ce qu'ils voulaient)
Une fois tout rentré dans Tordre, l'usine reprit son activité normale comme si rien ne s'était passé.
Ma morosité reprit le dessus, il fallait autre chose pour me sortir de cette vie. L'arrivée d'un futur ouvrier dans mon service fut le déclencheur de mon désir de m'échapper de cette vie
familiale que je supportais de moins en moins.
II s'appelait Jean Pierre, II venait de la Marine Marchande où, après son service militaire dans la Marine Nationale, il reprit du service, toujours dans la Marine, mais cette fois-ci, dans la
Marchande (sans la contrainte militaire).
Après son embauche, nous sommes devenus de bons amis, et il m'expliqua la marche à suivre pour que moi aussi je parte naviguer.
Mon épouse, voyait bien que son Maurice n'était pas bon pour la vie à deux, Pardons, à trois, notre petit Stéphane allait avoir six ans. Elle se résigna à me laisser partir. Comme c'était mon
employeur qui nous logeait, il fallut déménager.
Retour à Vierzon, où Christiane s'embaucha dans une crèche municipale pendant que je fis toutes les démarches pour, à mon tour, comme Jean Pierre,, faire partie des gens de mer, appellation des
marins de commerce.
Suite à l'envoi de mes états de service envoyés à l'adresse indiquée, je reçus une proposition d'une compagnie maritime, la N. C. H. P., Nouvelle Compagnie Havraise Péninsulaire. Nous prononcions
Neuchap.
Cette Compagnie recherchait des électriciens confirmés pour entretenir ses cargos au long cours (longue distance, de continents à continents).
Il n'était pas nécessaire d'être passé par une école Maritime pour obtenir le brevet, mon C.A.P., du fait qu'il était reconnu par l'état suffisait a me faire rentrer dans la grande famille des
marins de commerce,
II fallait par contre passer pour la première fois devant un médecin des gens de nier, afin d'être reconnu apte physiquement pour pouvoir naviguer.
Mon port d'attache étant Le Havre, c'est là-bas que je dus me rendre pour passer la visite.
Mon épouse, me connaissant bien, m'obligea à emmener Stéphane avec moi pour, soit disant faire un changement d'air au gamin, mais surtout pour surveiller papa.
Partis un lundi dans la journée de Vierzon en train, nous devions en revenir le lendemain soir.
L'épisode de la nuit au clair de lune pour mon examen à Corbeil-Essonnes se reproduisit ici, sauf que la, mon fils m'accompagnait,
Impossible de trouver un hôtel, A la tombée de la nuit, nous nous sommes rendus sur la grève et, en inspectant les cabanes de plage, j'en trouvais une de laissée ouverte.
Elle nous fit un abri sûr pour la nuit car personne ne nous dérangea.
Au petit jour, dans le premier bar ouvert, on se réconforta de la nuit assez fraîche (nous étions fin mai) devant un copieux petit déjeuner, et j'étais en forme pour affronter le toubib
maritime.
Mon bon de visite en poche, le retour au bercail se fit sans problème, le fiston avait bien eu son changement d'air, surtout avec la nuit passée à la belle étoile, il ne me restait plus qu'à
attendre le courrier annonçant le nom du bateau et son port d'embarquement.
J'allais passer huit belles années dans la Marine Marchande, passant du cargo au cargo mixte (cargaison plus passagers) pour finir sur les pétroliers les plus gros du monde à l'époque, avec un
chargement de plus d'un demi-million de tonnes de pétrole.
Le Batillus pouvait en effet contenir cinq cent quarante mille tonnes de pétrole brut et il ne lui fallait que trente jours du Golfe Persique à l'Europe pour livrer son chargement.
Rendez-vous donc dans huit ans pour la suite de cette vie qui commençait à être un peu mouvementée.
En cherchant bien dans ma mémoire, il me reste encore quelques bonnes histoires de ces huit années passées autour du monde.
Je vous les livre telles qu'elles, en espérant que leurs lectures vous inciteront à en savoir plus et à vous procurer les deux tomes consacrés à mes trois tours du monde.
Patience, prochainement d'autres blogs sont prévus pour vous raconter mes meilleures histoires de marin.
Mercredi 30 juillet 2008
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16:08
Les années marines
Ho hisse, alors, tu montes ?
Dans ce port de la Réunion à La Pointe des Galets, il nous était interdit de passer la porte du port après
minuit accompagnés d'une personne du sexe opposé,
A chaque fois que nous accostions ce port c'était pour une quinzaine de jours minimum. Tout le monde avait ses petites combines pour ne pas se faire avoir par cette dure obligation de rentrer seul
après l'heure.
Un collègue avait détourné le tampon du Commandant et avait fabriqué une fausse invitation pour se rendre à bord à toute heure du jour ou de la nuit, même accompagné. Une telle missive signée par
un Commandant valait tout l'or du monde. Jamais ce faux laissez-passer ne fut contesté.
Pour ma part, j'avais camouflé une échelle dans un hangar avec ouverture sur le chemin du port
De cette façon, lorsque l'heure était passée, je rentrais seul, courais dans la remise installer l'échelle et faisais signe a la demoiselle de monter ainsi me rejoindre au nez et à la barbe des
gardiens.
Sauf qu'un jour, plutôt une nuit, ma compagne fut incapable de monter à l'échelle, par vertige ou soûlographie peu importe, il me fallut ressortir, l'aider à monter et rentrer à nouveau.
e peu de temps que je la laissai seule, elle était déjà en train de se faire embarquer par un autre marin, même pas de notre bateau.
Se faire ainsi prendre sa prise si près du but, il n'en était pas question. Je n'eus pas beaucoup de peine à récupérer mon bien, mes cent kilos et mon mètre quatre vingt dix y étant pour
beaucoup.
Se battre comme un chiffonnier pour une fille, on se serait crus au temps de la préhistoire!
Au fond à droite
Une fois, à Madagascar, chez une ramatte* qui voulait bien m'accueillir pour la nuit, je demandai où étaient les toilettes pour une grosse commission.
Elle eut l'air gênée, sembla ignorer ma question, mais devant mon insistance à vouloir à tout prix ce lieu d'aisance, elle me tendit une clé, du papier hygiénique et une lampe tempête.
Devant la porte de sa maison, elle me désigna sur la place du village une cabane à une vingtaine de mètres. Je pensais en moi-même, ce n'est pas au bout du couloir à droite, mais au fond de la cour
à gauche.
La cabane était cadenassée par une chaîne énorme et un gros cadenas. Une fois dedans, je dus bien admettre que c'était des cabinets. Mais horreur, envahis par des centaines de cafards plus gros les
uns que les autres. II y en avait partout, certains tombaient même du plafond, apeurés sans doute par ma lumière.
Je compris pourquoi ma compagne d'un soir avait été réticente pour m'y envoyer, mais il fallait bien y faire ce pourquoi j'étais venu.
De tout le temps que dura la délivrance, je remuais ma lampe autour de moi pour faire fuir les indésirables locataires de l'endroit
C'était des W C à la turc bien sûr, cela aurait été trop beau que je sois assis pendant le supplice,
Je quittai mes compagnons d'infortune sans regrets, me promettant à l'avenir de prendre mes dispositions à bord, pour éviter par la suite ce genre d'incident.
'Ramatte: Nom donné aux jeunes filles malgaches par les blancs.
Marseille, rue Thubaneau près du vieux port
Un soir, je discutai à la terrasse d'un café avec une prostituée sur le vieux port.
Cette fille m'expliqua ses trucs et astuces pour appâter le client
-" Dans les années cinquante, je tapînais au coin d'une rue, entendant le pas d'un homme qui se rapprochait, je pensais en moi-même:
Ma belle, si tu veux faire plaisir à un futur client, dis-lui que c'est un beau blond, dans tous les cas il sera flatté, surtout s'il n'est pas blond".
Sitôt pensé, sitôt dit, le pas se rapprochait de plus en plus. Au moment où il allait tourner et se trouver nez -à-nez avec moi, je lance: tu montes, beau blond?
J'avais tout faux mon pauvre Maurice, la voix me répond:
Madame, moi y en à pas être beau blond, moi y en à être grand sénégalais.
Tu parles d'une bourre! J'avais l'air malin".
La soirée était propice aux confidences, je lui en racontai une aussi sur ce qui m'était arrivé personnellement dans ces mêmes lieux/ quelques mois plus tôt.
-« Un soir, je n'avais pas envie d'une fille j'étais juste sorti pour boire un coup. Je me retrouve dans ce quartier où nous sommes. Une de tes collègues se pointe devant moi et me sort tout de go.
'Tu montes avec moi grand blond?'
Je te le répète, ce soir là je n'étais pas intéressé par la bagatelle, je lui réponds en prenant l'air le plus con possible, 'Monter où, et pour quoi faire?'
Ma pauvre elle était vexée à mort. Elle m'a mis une de ces gifles en me traitant de tous les noms en hurlant qu'il ne fallait pas la prendre pour une conne.
Je m'en suis longtemps rappelé. Cela m'apprendra!
Ainsi se passaient entre autres, nos soirées d'escales entres deux traversées du bout du monde.
Les frères, beaufs ennemis
Deux sœurs, mariées avec deux marins qui, sans en être à se détester vraiment ne se privaient pas pour s'envoyer des piques blessants à chaque instants.
Témoin cette histoire:
Un jour, une des sœurs invita l'autre à déjeuner avec son mari. Le repas se passa assez bien, et à la fin, le maître de maison se vanta d'avoir, tout seul, changé le parquet de sa salle à manger,
et d'être assez content de lui, vu le résultat du chantier.
L'autre regarda sans enthousiasme le travail de son beau-frère et ne fit aucun commentaire. Il demanda simplement où il pouvait se procurer les mêmes matériaux, et l'histoire s'arrêta là.
Quelques semaines plus tard, ce fut l'inverse, l'autre couple était invité à son tour. Repas tranquille, sans histoire, et le mari invité demanda à aller aux toilettes.
A son retour, le maître des lieux lui demanda s'il n'avait rien remarqué.
Devant la réponse négative, il remmena et lui fit voir le sol des W. C.
- " Regarde bien par terre, c'est le même parquet que celui que tu as dans ta salle à manger, je trouve qu'il fait mieux ici".
Ce qu'il faut traduire par:
Grand couillon, ce que tu trouves beau pour ta salle à manger est tout juste bon pour mes chiottes.
Quelle famille!
Adieu Christiane, bonjour Martine Une femme chasse l'autre.
Malgré mon éloignement au bout du monde, entrecoupé de quelques semaines de congés entre deux bateaux, mon épouse ne pouvait admettre de me voir à la maison à ne rien faire. Pourtant ces congés
m'étaient payés bien sûr!
Je dus pour la contenter faire quelque chose de mes journées.
Mon beau père, qui était cheminot à Vierzon et connaissait bien le gérant
du buffet de la gare et pour cause: toutes ses pauses se passaient devant un verre.
II réussit à me faire embaucher pour pousser les chariots de casse-croûtes et de boissons sur les quais à chaque arrêt de trains.
Il fallait me voir, hurler à chaque instant:
-"Buffet buffet, voyez, demandez buffet !"
Je ne touchais aucun salaire, sauf dix pour cent de tout ce que je vendais, ce qui n'était quand même pas mal. Me prenant au jeu, renseigné par le beau-père, il m'arrivait de passer des nuits à
pousser la charrette pour servir des trains plein de bidasses, traversant la France.
Malgré mes efforts pour conserver mon ménage, celui-ci battait de l'aile, Pourtant un deuxième enfant, Laurence était née.
Il ne faut pas croire que c'était mon éloignement qui en était la cause, au contraire ma femme s'en accommodait assez bien. Je crois plutôt que le fait que nous habitions chez les beaux parents a
détruit petit à petit notre Maison.
Mon épouse ne voulait pas habiter ailleurs, voulant à tout prix rester avec maman. Elle faisait passer ses parents, ses enfants, son argent et son bien être avant tout.
Je n'étais donc que la cinquième roue du carrosse.
Que se racontait-il quand je n'étais pas là?
Je compris un jour, quand mon fils, qui n'avait que sept ans me lâcha, après une petite dispute que j'eus avec sa mère:
-"Si tu n'es pas content, tu n'as qu'à retourner sur tes bateaux!"
Pauvre petit bonhomme, je ne lui en ai jamais voulu, mais le mal était fait.
C'est à partir de ce moment là que je pris mes distances avec cette belle-famille qui rne considérait si peu,
Aux congés suivants, je m'inscrivis dans les agences de travail intérimaire, ce qui me valut de me faire embaucher à Issoudun dans une usine de câblage électrique. Trente kilomètres seulement
séparaient Vierzon d'Issoudun.
Pour ne pas rentrer tous les soirs au bercail, je pris pension à la semaine dans un hôtel-restaurant, un routier.
Au bout de seulement huit jours, je devins l'ami de la famille, mangeant même à la table des patrons.
Mes premières histoires de marin du bout du monde avaient séduit tout le monde, et ma gentillesse naturelle avait fait le reste.
Tant et si bien que Vierzon ne fut bientôt que ma deuxième résidence.
Tout le monde aura compris que ce qui devait arriver arriva.
Dans cette hôtel-restaurant se trouvait Martine, une jeune femme de vingt deux ans, revenant de File de la Réunion avec une petite fille de cinq ans, Céline. En plein divorce d'un mari brutal qui
était resté là-bas.
Ils s'étaient connus ici, à Issoudun, cinq ans auparavant. L'homme, originaire de la Réunion, avait choisi de faire son service militaire en France, à Orléans.
Pendant ses congés d'armée, il prenait pension à Issoudun dans une famille qui voulut bien l'accueillir.
C'est au cours d'une fête paroissiale où Martine vendait des tickets de tombola qu'elle tomba sur ce beau jeune homme et, ce fut le coup de foudre.
Ils se fiancèrent très vite, Céline arriva. A la fin de son service militaire il s'embaucha dans une usine d'engrais comme électricien d'entretien à Issoudun.
Ce qu'il n'avait jamais dit à sa jeune épouse, c'est qu'à la Réunion, il était le chef d'une bande de voyous. Vols de voitures, attaques à mains armées, falsifications de chèques...
Sa petite vie pénarde fut si vite oppressante, qu'il désira rentrer au pays.
Martine ignorant tout du lourd passé de son amoureux, partît avec lui en ayant vendu leurs biens, et se retrouva... dans une case, seule avec sa fille, n'ayant pratiquement rien à manger.
Lui, retrouvant ses complices, reprit sa vie d'autrefois et ne passait que très rarement à la maison voir sa femme et sa fille.
Cela dura un an. La pauvre Martine, n'en pouvant plus eut toutes les peines du monde pour prévenir sa famille en France afin de se faire envoyer un billet d'avion pour son retour avec sa fille.
Le mari en prison une fois de plus, c'était le moment idéal pour s'échapper, mais voilà, le temps de liquider ses affaires pour partir en règle, son homme devait être libéré.
Elle s'en alla voir le juge qui l'avait fait coffrer et, lui expliquant sa situation, il obtint de la justice qu'on le garde deux jours de plus pour qu'elle ait le temps de se sauver.
Une fois en France, de retour chez ses parents, elle s'embaucha à l'hôpital et, pour se faire encore plus d'argent, finissait ses journées comme femme de ménage au restaurant, c'est là que je la
vis pour la première fois.
Moi, lassé de Vierzon, je passais tout mon temps de libre avec cette nouvelle belle jeune femme, elle avait vingt deux ans, j'en avais six de plus.
Elle avait pris un appartement pour être tranquille avec sa fille, je l'aidais à s'installer, payant même une partie de ses frais d'avocat pour son divorce qu'elle avait entamé dès son retour en
France.
Il va sans dire pensais-je qu'à la première occasion, de mon côté, je partirais aussi. Ce fut ma femme qui prit les devants. Me reprochant d'être plus à Issoudun que dans ma famille, elle profita
d'un nouveau départ pour à son tour entamer une procédure.
Elle donna comme motif à son avocat que je me vantais de partir ailleurs voir, selon mes propres termes, "ma fiancée",
Ce fut suffisant pour qu'elle gagne son divorce aux torts exclusifs du mari,
Je n'en avais que faire, commençant une nouvelle vie avec celle qui trente ans plus tard est toujours mon épouse qui m'a donné des jumeaux, Laurent et Thierrv.
La conciliation, le divorce se passa entre deux bateaux et, aux congés suivants, nous étions Martine et moi ensemble dans ce logement que je connaissais bien pour l'avoir en partie meublé, et payé
les loyers.
Dans ces conditions, partir au bout du monde ne me disait plus rien, d'ailleurs Martine m'expliqua que si nous devions rester ensemble, il n'était plus question que je navigue.
Gagnant quand même bien ma vie dans la marine, elle accepta que j'y reste encore un peu, à condition que je l'emmène avec moi.
Ses parents, ne voulant pas garder Céline, on se fâcha avec eux et, en fin de compte, ce sont les miens qui prirent soin de la petite pendant l'absence de la mère.
Il fallut rendre l'appartement, transporter le peu de meubles à La Ferté St Aubin, inscrire Céline à l'école.
Des deux années que je naviguais encore, nous sommes partis trois fois ensemble. La première fois elle était ma concubine. Et, toujours entre deux bateaux, je l'épousai sans tambours ni trompettes,
un jour de semaine pendant que Céline était à l'école,
Martine, entre deux voyages où je partais seul, trouva une place dans une maison de retraite.
Il fallait bien arrêter cette vie comme je l'avais promis. Ne voulant plus avoir de patron sur le dos, je ressortais un vieux souvenir d'enfance où je m'étais dit qu'un jour je vendrais des
composants électroniques à Orléans.
C'était le moment de prouver que cette envie pouvait enfin se réaliser.
Il me fallait pour cela trouver un local commercial, voyons cela au prochain chapitre.
Un dernier regard sur ma période d'intérim avant le commerce.
Entre deux périodes du buffet de la gare
Quand le directeur du buffet de la gare n'avait pas besoin de moi, il fallait bien que je m'occupe pour satisfaire et ma femme et la belle-mère qui avait fini par trouver normal elle aussi que je
ne devais pas rester à ne rien faire à la maison pendant mes congés, entre deux bateaux.
Je pointais donc dans les maisons d'intérim. C'est pourquoi un beau jour, je me suis trouvé à seconder un plombier à Cosne/Loire qui devait installer des climatisations dans un hangar servant de
dépôt et d'atelier aux Télécom. Nos horaires n'étaient pas les mêmes que les ouvriers de l'agence qui commençaient beaucoup plus tôt que nous. La direction nous avait autorisés un coin du vestiaire
pour nous changer» Mais, en dehors des heures d'embauché et de fin de service/ ces locaux étaient fermés à clé par sécurité. Il nous fallait en demander l'ouverture au secrétariat. Comme ce
personnel arrivait en même temps que nous, chaque matin une employée nous accompagnait pour nous ouvrir.
Tout se passait très bien depuis quelques jours, j'avais comme toujours sympathisé avec plusieurs ouvriers, trop contents d'avoir des nouvelles têtes dans l'entreprise pour discuter de tout et de
rien.
Le malheur voulut qu'un beau matin, en panne de voiture, nous sommes arrivés très en retard. Tout le personnel des bureaux était occupé, il me fallut quand même me risquer à demander que quelqu'un
veuille bien nous accompagner pour nous ouvrir les vestiaires. Ce fut le drame, personne ne se décidait. Après l'heure ce n'est plus l'heure me firent-il comprendre. Il fallait bien pourtant que
l'on embauche pour avancer notre chantier. Devant mon insistance à réclamer cette fameuse clé, une secrétaire se leva et m'accompagna enfin. Par contre, elle n'arrêta pas pendant tout le trajet des
bureaux aux vestiaires, de râler après nous, qu'heureusement nous n'étions pas embauchés dans cette société, car c'était inadmissible d'arriver en retard, que cela dérangeait tout le service, que
nous avions eu de la chance ne n'avoir pas été engagés par elle-même car elle nous aurait chassé comme des malpropres, etc, etc. J'avais enfin réussi à me faire ouvrir les vestiaires, mais à quel
prix.
Dans l'atelier, je racontai ma mésaventure à un ouvrier.
- "La garce, ma parole elle se paye le patron pour être si méchante que ça, tu verrais ce qu'elle m'a sorti comme connerie",
L'autre m'écoutait sans broncher. "Comment est-elle faite? " me demanda t-il à un moment. Comme ci, comme ça, je lui détaillai au mieux la coléreuse.
- "Maurice, je te signale que c'est ma femme.
Il me fit la gueule pendant deux jours, mais tant pis, ce qui fut dit fut dit.
Mercredi 30 juillet 2008
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Radio Bourgogne Composants
Terrien à nouveau
Après huit années de Marine Marchande et trois tours du monde, afin de tenir ma promesse de ne plus repartir, je décidai donc de m'installer à Orléans, vendeur en
électronique.
Une fois mon sac à terre (marin devenu terrien), il fallut bien gagner sa vie en attendant que mon rêve se réalise.
Je repointais aux maisons d'intérim, et me retrouvai électricien de chantier pour la construction du pont Thinat à Orléans.
Chantier grandiose, car le projet initial était de faire deux ponts, un dans le sens la Source/Orléans, l'autre, Orléans/la Source, avec au milieu, un rail en béton
pour le passage de l’aérotrain. Mon travail consistait à éclairer le pont en permanence, suivant son avancée à l’aide de puissants projecteurs montés sur des mâts de dix mètres de haut, et surtout
aussi à alimenter de grosses armoires électriques nécessaires aux différentes machines servants à l'édification de l'ouvrage.
De cette période de ce chantier, il me revient une histoire assez drôle que je me permets de vous raconter.
Pour couper les journées harassantes du chantier, nous avions droit à des arrêts en milieu de matinée et d'après midi.
Tous réunis devant le hangar qui nous servait de vestiaires, cantines et atelier, on se prélassait en attendant l'heure de la reprise.
Un beau jour de pause, nous furent abordés par deux ravissantes jeunes femmes qui nous proposèrent des images pieuses tout en nous racontant que Jésus était lumière
et qu'il fallait se laisser guider par lui.
Pauvres petites, la foi les égaraient, qu'étaient-elles venues faire dans cette galère? Personne d'entre nous ne ressemblait à un enfant de cœur, et elles-mêmes
n'avaient pas du tout le physique de bonnes sœurs.
Pendant près d'une demi-heure, nous les avons charriées, faisant croire que nous rentrions dans leur jeu, écoutant avec assiduité leur sermon sur notre sauveur. Quand
elles furent à bout d'arguments, elles nous présentèrent à nouveau leurs images saintes, espérant nous en vendre quelques unes.
Je pris la parole.
- « Mes pauvres chéries, vous ne devez pas faire beaucoup d'affaires avec ce genre d'images, je suis sûr qu'avec vos belles frimousses, proposez donc des photos
cochonnes, cela marcherait beaucoup mieux ».
Je suis sûr qu'elles courent encore!
Pratiquement tous les matins, à la pause j’arpentais la rue de Bourgogne toute proche à la recherche d'un éventuel bail commercial à vendre.
Mes recherches aboutirent, car vers la fin du chantier, je tombai sur une pancarte dans une petite boutique de lingerie, mercerie, bonneterie, layette. Il y était
inscrit: « Bail à vendre ».
La propriétaire, exploitante depuis une vingtaine d'années partait à la retraite. En discutant avec elle, je découvris que son mari m'avait connu tout petit, car il
travaillait avec mon père aux fonderies de Sologne à La Ferté St Aubin et, il nous voyait souvent ensemble aux Portes Vertes (lopins de terre prêtés par la commune aux familles méritantes) où
effectivement, je me rendais assez souvent pour aider à cultiver les légumes.
Le prix du bail était intéressant, l’endroit me plaisait, et nous étions des connaissances. il me fallut quand même faire un emprunt pour acquérir le fond de
commerce. Mais voilà, depuis peu à terre, je n'avais pas un sou d'avance, et on le sait, les banques ne prêtent pas aux gens travaillant dans l'intérim.
Comment faire? Ma vendeuse n'avait que moi sur le coup, et elle voulut bien attendre que je trouve une solution.
Le chantier du pont étant terminé, je me retrouvai à Sermaises du Loiret près de Pithiviers à câbler des armoires électriques destinées au mélange de colorants pour
la fabrication du béton. Avant, on peignait le béton sur l’édifice construit de la couleur demandée par le client. Avec ce nouveau procédé, on colorait le béton pendant sa fabrication en
incorporant un certain pourcentage de teintures. Le béton arrivait sur le chantier déjà de la couleur demandée.
Dans cette usine, un chimiste dosait ses différents produits chimiques et nous calculait les temps de minuteries dans nos armoires électriques.
Le travail était assez compliqué, mais très plaisant. Sympathisant avec le monsieur éprouvette, il devint vite mon ami.
Je le mis rapidement au courant de mes projets commerciaux, il promit de s'occuper de moi.
Je n'y pensais pratiquement plus quand, à l'approche des fêtes de Noël mille neuf cent soixante seize, il me fit appeler dans son bureau.
Sortant son carnet de chèque il me demanda:
-"Combien te faut-il déjà Maurice? Je ne m'en souviens plus".
Complètement sidéré je lui lançai un chiffre qu'il inscrit aussitôt sur son
chéquier.
-"Je le date du vingt cinq décembre ajouta-fil, ce sera ton cadeau de noël"'.
Je n'osais y croire. Comme cela, pour mes beaux yeux. Je ressortis de son bureau en larmes. Cette mission terminée/ je courus
chez ma vendeuse le chèque en poche. Elle eut aussi quelques larmes de bonheur. Enfin le projet pouvait se réaliser.
Le plus beau dans cette histoire est, que mon chimiste ne m'avait rien fait signer, j'avais juste son numéro de téléphone et, pendant deux années de suite, chaque
mois je devais lui courir après pour m'acquitter de ma dette.
Je lui rendis tout jusqu'au dernier centime, intérêt compris. En plus de son métier, il devait avoir fait des études de psychologie poussée pour avoir tant confiance.
Merci encore l'ami!
Un bon mois après ce conte de fée, nous étions chez le notaire pour régler l'affaire et, début mai de l'année mille neuf cent soixante dix sept, j'ouvrai mon magasin
de ventes de composants électroniques au quatre vingt douze de la rue de Bourgogne, sous l'enseigne: Radio Bourgogne Composants (abréviation R.B.C.)
La boutique était toute petite, à peine trente mètres carrés. Nous logions derrière, dans deux pièces, sans salle de bains. Les WC étaient dans la cour mais
qu'importé, j'étais à mon compte, avec une petite femme que j'aimais sans oublier sa petite Céline qui avait eut huit ans en janvier. Les débuts furent difficiles, les clients se faisaient rares.
Il faut comprendre. La veille s'étaient vendus des bas et des dessous pour mamies et, le lendemain des jeux de lumières et gadgets divers.
Une publicité timide, gratuite dans un journal local ne suffit pas à me lancer. Il fallait que je me trouve quelque chose, mais quoi?
Le loyer très faible, les charges également, je n'avais que le remboursement de mon copain chimiste pour me tracasser. Mais, petit à petit, le bouche à oreilles
fonctionnant, les clients arrivèrent d'abord par curiosité, ensuite pour acheter.
L'espoir reprit de voir mon commerce démarrer.
Chaque mois, dans un journal hebdomadaire distribué gratuitement, je proposais l'affaire du mois; un gadget en kit.
C'était des montages électroniques à la mode dans les années 80. A savoir:
Un jeu de lumière quatre voies, un chenillard six voies, un stroboscope de quarante joules, une sirène de police, un émetteur récepteur bande FM... cela fit fureur.
Je me proposai même de les vendre tout câblés, en ordre de marche pour ceux qui ne savaient pas manier un fer à souder ou lire un schéma. Les premiers jeux de télé arrivèrent aussi. Rien à voir
avec les consoles Sega ou Play Station ou Game boy de maintenant; juste quatre jeux en noir et blanc. Le tennis un joueur, (on jouait contre l'ordinateur de la console) deux joueurs, la balle au
mur et le casse-brique.
Tout nouveau tout beau, ils partaient comme des petits pains.
Dans les mêmes moments arriva la CI-BI, ce fut un déluge, il m'arrivait d'en vendre plus de dix par jours; et ce pendant des mois.
Un contrat exclusif avec un fournisseur me garantissait aucun autre point de vente de mes produits dans un rayon de cent kilomètres.
Imaginez, des clients de Vierzon, de Chartres dans ma petite boutique, je ne fournissais plus.
Un copain venait me donner un coup de main les fins de semaines pour servir tout le monde.
La dame qui m'avait vendu la boutique venait trois fois par semaine comme secrétaire mettre mes livres de comptes à jour.
Mon chiffre d'affaire tripla pratiquement d'une année sur l'autre grâce à la CI-BI. Mon comptable n'en revenait pas.
Chaque année, en avril je faisais la foire exposition d'Orléans pour présenter mes produits. Du quatorze juillet au quinze août, je fermais boutique et, avec mes
jumeaux nés en 1981, nous partions tous à la mer soit au Sables d'Ollone soit à St Jean de Monts faire bronzette, et surtout se reposer.
Je travaillais quatorze heures par jour car, en dehors des heures d'ouvertures de neuf heures à dix neuf heures sans interruption, rideaux fermés, je câblais des
kits, déballais des cartons reçus dans la journée, sans avoir le temps de les ouvrir, ou préparais la prochaine foire.
Du coup, la boutique devint trop petite, par chance, dans l'immeuble d'à côté un appartement se libéra.
C'était le mène propriétaire que mon magasin, je sautai sur l'occasion et, le soir après la fermeture, on déménageait les quelques meubles déjà acquis.
En deux ou trois soirées et un week-end, on se retrouva logés au deuxième étage d'un bel appartement.
Dans ce qui me servait de salle à manger en bas, j'agrandis la boutique, la cuisine devint mon bureau et la chambre servit de réserve.
Je travaillai de plus en plus et, à ce rythme là, je tombai en faiblesse, une infirmière dut me faire une piqûre par jour.
Elle se mettait dans l'arrière boutique, préparait sa seringue, je reculais du comptoir, baissais le pantalon, recevais la piqûre et retournais servir les clients qui
n'avaient le temps de ne s'apercevoir de rien. L'infirmière me disait qu'en trente ans de métier, elle n'avait jamais vu cela. Il faut un début à tout!
A ce propos, en huit ans de commerce, je n'ai fermé que deux demi journées.
Un après-midi pour enterrer mon père, et une matinée pour allez chercher mes jumeaux à la maternité. Qui dit mieux?
Cela était trop beau pour durer. La mode de la CI-BI s'arrêta brusquement.
De plus ma femme cessa de travailler dans l’hôtel juste en face, pour élever les jumeaux.
Il ne restait que mon tiroir caisse pour nourrir la maison.
Le coup de grâce fut le fisc qui, deux ans après, me demanda les impôts sur des sommes que j'avais gagnées certes, mais qui avaient servies à nourrir ma petite
famille.
Ce fut la fin, Un ami cibiste comptable de métier me conseilla de mettre la clé sous le paillasson avant que l'on ne m'oblige à le faire, et de prendre un
syndic.
Deux mois plus tard, tout était fini, adieu la belle vie de commerçant aisé. J'en tombai malade. Un bon mois fut nécessaire pour me remettre d'aplomb, mais la chance
me sourit à nouveau grâce à un bon client du temps de ma gloire.
Pour clore ce chapitre sur mes huit années de commerçant, laissez-moi vous raconter quelques anecdotes et bons souvenirs.
Mercredi 30 juillet 2008
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15:49
Radio Bourgogne Composants
(suite)
Du temps de Radio Bourgogne Composants
- Ce client qui m'expliqua qu'il se faisait faire des massages du dos chez un spécialiste avec des appareils électroniques. Pendant ma séance m'expliqua t-il, j'ai
regardé dans l'armoire où se trouvait tout l’appareillage. J'ai relevé les différents composants pour que vous me les vendiez afin que je le fabrique moi-même. Cela me ferait économiser le prix des
séances trop élevées à mon goût. Devant mon refus de me prêter à sa combine, il porta plainte contre moi à "La défense du consommateur" pour refus de vente.
En effet, quelque temps après, une charmante dame de l'association vint me voir pour me demander des explications suite à cette fameuse plainte.
Je lui expliquai calmement que le matériel demandé, bien que vendu par des boutiques comme la mienne n'était pas homologué pour la médecine et, vu les descriptions de
ce client, on ne posait pas des électrodes dans le dos des patients venant d'un appareil branché directement sur le secteur. Cette personne devait avoir obligatoirement oublié un détail qui
m'aurait rendu responsable en cas d'accident survenu suite à la fabrication de l'appareil.
Mon récit détaillé eut l'air d'être convaincant car, l'inspectrice se mît entièrement de mon côté, me remerciant même d'avoir peut-être sauvé une vie.
Je ne revis jamais ce client, mais qu'importe. Je n'avais pas besoin d'individus de ce genre.
- Du temps de la gloire des jeux de lumière, un jeune client entra et, jetant
un morceau de câble électrique sur mon comptoir, me demanda combien il
pouvait faire passer d'ampères car, m'expliqua t-il, il voulait se faire une rampe
lumineuse avec plusieurs ampoules. Le détail qu'il me demanda était vital pour la suite de son
opération. Bon prince, je commençai à lui expliquer les
préliminaires de la loi d'homs, sur la tension, la puissance et l'ampérage d'un circuit, mais il m'arrêta tout de suite.
-"Pas le peine de m'expliquer tout cela m'sieur, j'ai mon C.A.P. d'électricien.
Je n'en croyais pas mes oreilles.
-« Comment, avec un C.A.P.; tu ne sais pas combien d'ampères tu peux faire passer dans ce câble de quatre millimètres de diamètre ».
Il avait l'air tout penaud devant moi.
-« Mais m'sieur, on ne me l'a jamais appris, on nous expliquait juste que du câble de 1,5 m/m servait pour l'éclairage, dit 2,5 pour les prises de courant, et le
4 pour les machines outils sur du trois cent quatre vingt volts. »
Pauvre France, alors que de mon temps, rien que pour l'examen d'entrée dans un collège pour apprendre l'électricité, si vous ne saviez pas ces choses préliminaires,
vous étiez exclus à tout jamais. Les choses ont bien changé.
-Ce cibiste qui, dans son ménage piochait dans la tirelire loisirs pour s'acheter du matériel Ci-Bi, sa femme qui me téléphonait en douce pour me faire refuser la
vente pour ainsi sauver le couple.
- Cet autre client qui, quelque temps auparavant m'avait acheté vingt cinq mètres de câble pour installer sur son toit une antenne de Ci-Bi
afin de communiquer, grâce à un poste puissant, avec presque toute la région, revint un beau jour dans ma boutique en colère avec le câble sous le bras disant que je lui avais vendu de la merde
car, seulement deux jours après la pose de son antenne sur son toit, il ne pouvait plus recevoir personne.
Tout cela en présence d'autres clients. Ma bonne réputation de commerçant était en jeu. Je ramassais calmement le câble et l'examinais centimètre par
centimètre.
Au bout de quelques mètres seulement, je tombais sur un clou, planté dans la gaine traversant le fil de part en part.
Montrant ma découverte au client qui avait vu comme moi, il se calma d'un coup.
Il réfléchissait à voix haute.
-« Voyons, ce bout là sort de chez moi par la porte-fenêtre du deuxième, tourne pour grimper au grenier, et... passe quelques mètres sur mon mur de côte a
proximité du voisin avant de monter sur mon toit. Ça y est, j'ai compris, c'est ce fumier de voisin qui est certainement gêné car je dois passer dans sa télé*. Pour se venger, la nuit avec une
échelle, il a dû enfoncer ce clou dans mon câble pour faire un court-circuit dans mon installation ».
L'inspecteur Colombo d'un jour avait trouvé la cause. Il se confondit en excuses que j'acceptais volontiers.
Ce fut par la suite un client fidèle que je conservais jusqu'à la fermeture de ma boutique.
« Il arrivait parfois que des téléviseurs appelés « télés poubelles » dans notre jargon cibiste, situées dans le voisinage de
nos antennes fixes captaient par interférence le son de nos émetteurs-récepteurs gênant ainsi le téléspectateur ».
- Un autre souvenir également suite aux interférences de nos émetteurs-récepteurs.
Un jour, une proche voisine me téléphona pour me dire ceci;
-"Monsieur, je dois vous dire que vous passez dans mon électrophone lorsque vous vous servez de votre poste de Ci-Bi.
En effet, quand je mets un disque de Johnny Halliday par exemple, mon appareil étant stéréophonique, j’ai la voix de Johnny dans le haut-parleur gauche, et vous dans
le droit. C'est très désagréable.
Elle n'avait pas l'air trop en colère, je risquai une blague.
-« Je vais apprendre le chant, comme cela je pourrai vous séduire en chansons ».
Elle ne le prit pas trop mal. En riant, elle m'expliqua que son ami était cibiste et qu'elle était consciente du problème.
Je lui conseillai de passer à la boutique pour que je lui donne un filtre qui, branché suivant mes explications résoudrait le petit souci qui la
préoccupait.
La Ci-Bi était vraiment un événement national pour l'époque. Un jour, dans la boutique, je reçus la visite d'une équipe de
télévision de FR3 et, pendant un petit quart d'heure, je répondais consciencieusement aux questions posées par le journaliste sous le regard d'une caméra. Plus tard, ce reportage fut retransmis à
la France entière pour expliquer le phénomène Ci-Bi
Navarro en jupon
Au voleur
Les midis en semaine dans ma boutique, je restais ouvert pour que les collégiens puissent venir se fournir en composants.
Un midi donc, deux jeunes entrèrent. Pendant que l'un d'eux me posait des questions sur un soi-disant montage à faire en kit, je ne pus voir le deuxième hors de mon
champ visuel. Nous étions à cette époque encore en bas, habitant derrière la boutique. Ma femme, dans la salle à manger, silencieuse, observait machinalement les deux clients. Je terminai mes
explications à mon interlocuteur et les jeunes s'apprêtaient à me quitter, lorsque ma femme fit irruption dans la boutique et d'un pas décidé se dirigea vers un des collégiens, celui-là justement
que je ne voyais pas pendant que je servais son camarade.
D'un geste brusque, elle lui ouvrit son vêtement et en extirpa un objet qu'il avait eu tout le temps de dérober pendant que je discutais avec son collègue.
Il s’agissait d'un transformateur basse tension pour, me raconta-il, plus tard, alimenter un circuit de télécommande.
Ma femme, discrète avait tout vu grâce à une glace murale dans la pièce à côté. Plus surpris que fâché, je renvoyai les deux individus avec une simple engueulade. Ils
furent trop contents de s'en tirer à si bon compte.
L'histoire se serait bien arrêtée là mais, quelques jours plus tard, le surveillant du collège de mes deux chapardeurs vint chez moi faire un achat,
Je lui fis part de mon infortune. Lui par contre ne voulut pas fermer les yeux car, me raconta t-il, des vols répétés avaient lieu au collège et il voulait bien faire
cesser cela. Il me conseilla donc, sans porter plainte, de lui désigner les coupables. Devant mon incapacité à le renseigner sur les auteurs du vol, il me promit de revenir avec tout le fichier des
individus susceptibles d'avoir commis le larcin. C'est ainsi que, plus tard, devant une centaine de fiches avec photos, j'essayai de reconnaître mes deux voyous. Après beaucoup d'hésitations, je
lui montrai deux têtes. Il n'eut pas l'air étonné de mon choix.
J'appris plus tard que les deux élèves que j'avais désignés avaient été renvoyés du collège. ils n'en étaient pas à leur premier coup, sévissant dans pas mal de
boutiques avec toujours le même procédé. Pendant que l'un d'eux intéressait le vendeur avec des questions banales, F autre faisait main basse sur tout ce qui était à sa portée.
Le plus écœurant de l'histoire était que les deux voleurs venaient de familles aisées. Pour le premier, son père était un grand garagiste bien connu sur Orléans,
tandis que le second, était fils de magistrat.
On ne se moque pas des gens de
couleur
Pratiquement tous les matins, en ouvrant la boutique, je mettais ma station Ci-Bi en route pour, entre deux clients, discuter avec tous les amis sur la fréquence. Ils
étaient de plus en plus nombreux car, ma dizaine de postes vendus par jour augmentait d'autant le parc des dialoguistes.
Un beau matin donc, jetais en conversation avec Nelly 45* qui me raconta entre autre chose sans importance qu'elle avait un nouveau voisin, un noir, et de me
raconter:
-« Tu le verrais Maurice, il est charmant. Pour rire, je le traite de tous les noms pour voir, mais rien n'\j fait, il rigole de toutes mes blagues. Je le traite
pourtant de:
Boule de neige, tas de charbon, boule de suif, blanche neige, il se marre encore plus à chaque fois. Il est vraiment extraordinaire.
Toi qui a navigué Maurice, qu'est-ce que tu crois que je pourrais lui dire pour le fâcher un peu? Pour rire bien sûr, il voit bien que je ne l'insulte pas, sinon je
ne me permettrais pas ».
J'avais beaucoup navigué en effet, et je savais le mot qui le blesserait peut-être, mais toujours pour rire, entendons nous bien.
Je lui lançai;
-« Tu n'as qu'à le traiter de 'museau bleu', tu verras bien ».
Elle me remercia sans y croire, et nous en restions là.
La semaine d'après, elle fut la première sur ia fréquence. A peine me dit-elle bonjour qu'elle me lança:
-« Je te retiens Maurice, avec ta connerie, mon voisin m'a fait la gueule pendant deux jours mais je n'ai toujours pas compris pourquoi ».
Au début du siècle dernier, dans les bandes dessinées, la couleur n'existait pas encore. Pour différencier les hommes blancs des noirs dans les
histoires, les auteurs rajoutaient aux personnages noirs une partie grise autour de la bouche. Voyez « les Simpsons », sur Canal plus. Mettez votre téléviseur en noir et blanc pendant la
diffusion de ce programme, vous verrez! Donc, ce cher voisin noir n'avait pas apprécié qu'on le compare à ses lointains ancêtres, et il s'était
vexé.
Son intelligence prit le dessus malgré tout car, sa colère
passée, il redevint ami avec sa voisine qui lui promit par contre de ne plus jamais se moquer de lui, même pour rigoler.
* L'indicatif a été volontairement changé pour éviter d'éventuelles poursuites.
Mercredi 30 juillet 2008
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terz
Mon premier vrai amour
Fanfan
II m'est impossible de raconter ma vie de A à Z sans parler de Françoise, un amour de petite parisienne que j'ai failli épouser.
Elle avait seize ans, j'en avais vingt et un, je rentrais de
l'armée, et juste avant de rencontrer Christiane, à l'occasion d'une fête foraine, je rencontrai cette
petite beauté qui m'éblouit dès la première seconde où je la vis; Françoise.
Pourquoi ce n'est pas toi que j'ai gardé? Mystère, quarante ans après
je m'en veux encore tellement je t'ai aimé.
Ton jeune âge peut-être me freinait dans ma passion, la majorité
de l'époque était vingt et un ans.
Je ne me voyais pas attendre cinq longues années pour t’enlever à tes parents, ta mère m'adorait pourtant, j'aurais dû attendre.
Je m'en suis longtemps voulu, tant pis pour moi.
La preuve que tu m'aimais aussi fort que moi, c'est que le jour où tu
savais que j'épousais Christiane, tu es allée prier dans une église et ensuite tu as voulu te détruire.
Ma pauvre chérie, en valais-je vraiment la peine?
Après de si longues années, je ne peux même pas écrire ces lignes
sans larmes,
Je terminerai donc sur nous deux en ressortant le mot que je t’ai
envoyé après nous être retrouvés, quarante ans plus tard.
Nous deux, en bref résumé
Tu avais 16 ans, j'en avais 21.
Nous nous sommes aimés dès la première rencontre.
Que de promenades au Cosson, dans les environs proches de la Ferté.
D'abord en vélo/ ensuite avec cette vieille quatre-chevaux qui nous a tant baladés.
L'amour en nous grandissait de jour en jour.
Il y eut Christiane, la vie de marin pour fuir ce mauvais choix. Pourquoi
dans ces moments-là, ce n'est pas toi que j'ai gardé?,
Alors que je t’aimais toujours, et de plus en plus,
Les circonstances, la vie, le destin nous a éloignés. Après la marine, ce fut Martine, le magasin de la rue de Bourgogne.
On se voyait de temps en temps, je t'invitais à la maison, Mais la passion n'y était
plus.
Tu avais ta vie à Paris, moi la boutique, les soucis de cette nouvelle
existence.
Plus de quarante armées se sont écoulées…
Un gros coup de cafard, une recherche sur Minitel, et te voilà à nouveau
dans ma vie, entièrement libre, comme au premier jour. Est-ce un signe pour notre avenir à tous les deux?
Un, puis deux appels téléphoniques et les bons souvenirs qui
reviennent. Une rencontre est envisagée.
Une chose est certaine ma chérie, quoi que tu penses, quoi que tu
dises, quoi que tu fasses, tu ne m'empêcheras jamais de t'aimer comme je t'ai aimé depuis le premier jour.
Si maintenant il me fallait raconter les huit années de bonheur entre
nous deux, un livre entier comme mes mémoires de marin serait nécessaire.
Les larmes sont essuyées, la tristesse est
passée
Huit années d'amour clandestins/ cela compte dans la vie d'un
homme, surtout lorsque c'est son premier vrai amour.
Je lui écrivais du bout du monde, elle me
répondait gentiment à chaque fois. Avec une secrétaire de la société Maritime, nous avions élaboré un plan, à
savoir: avant chaque nouvel embarquement où il me fallait prendre l'avion à Roissy, ma complice m'envoyait un télégramme d'embarquement deux jours en avance, ce qui fait que dès le reçu de l’ordre de départ, je me retrouvais deux jours à Paris, libre comme l'air avec mon amoureuse.
Même chose en débarquant je décalais la date de mon arrivée à
Vierzon d'un jour ou deux pour les passer en tête à tête avec Fanfan.
Le divorce étant prononcé avec Christiane, entre deux
bateaux, je demandais à Françoise de venir avec moi à bord, les concubines étant autorisées à suivre leurs compagnons. Elle eut peur, sa mère également. Peut-être que si elle avait accepté à l'époque elle serait encore avec moi aujourd'hui.
Dieu seul le sait!